La qualité de l’ingénierie de formation aurait-elle une influence sur les compétences professionnelles des enseignants ? La question n’avait jamais été abordée au Cameroun en contexte de formation des enseignants du primaire, avant que le Professeur Germain Fabrice Menye et son équipe de recherche ne se penchent dessus. Jusqu’à présent, les études ne s’étaient intéressées qu’au développement de l’ingénierie de formation pour les entreprises. Retour sur une étude dont les résultats seront soumis à la Haute hiérarchie de l’Education de base du Cameroun.

Plusieurs études, notamment celles menées dans le cadre du PASEC (Programme d’analyse des systèmes éducatifs) ont mis en lumière le fait que la formation professionnelle initiale dont bénéficiaient certains enseignants du primaire n’influence pas de manière significative les performances scolaires de leurs élèves. Souvent, les dispositifs de formation professionnelle n’ont de professionnel que le nom.  
 

Mis fréquemment au banc des accusés : l’absence d’un partenariat réel entre pratiquants du terrain et les institutions de formations des maîtres, les pratiques des formateurs d’enseignants, qui s’apparentent plus à celles d’enseignants du secondaire qu’à celles de formateurs de jeunes adultes, ou encore le recours à des référentiels importés d’autres contextes éducatifs et plaqués de manière artificielle sur des réalités pour lesquelles ils ne sont pas adaptés.  
 

Enseignant-chercheur, Maître de conférences en Psychologie, et premier doyen de la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université de Ngaoundéré, Germain Fabrice Menye a longtemps enseigné au sein d’Écoles Normales d’Instituteurs de l’Enseignement Général (ENIEG). Témoin des dysfonctionnements de ces structures, il a souhaité analyser la relation qui existe entre la qualité de l’ingénierie de formation et le degré de compétences professionnelles des enseignants de l’éducation de base dans la région de l’Adamaoua, qui fait partie des zones d’éducation prioritaire au Cameroun:


« J’ai longtemps enseigné à l’Ecole Normale Supérieure et ai formé les professeurs d’ENIEG qui reviennent se faire former à l’école Normale Supérieure en vue d’une amélioration dans la qualité de leur formation. Nos étudiants y repartent en stage pratique. Nous avons donc des partenariats avec ces Écoles et l’Education de Base. Durant mon séjour à Maroua, dans le cadre de mes tournées dans les ENIEG, j’ai ainsi pu cerner les réalités de leur fonctionnement du fait de nombreuses observations effectuées et ai décelé un certain nombre de problèmes. »


Son projet de recherche, soutenu par le programme APPRENDRE, a non seulement établi une corrélation entre l’ingénierie de formation des ENIEG et les compétences des enseignants, mais également dégagé les indicateurs qui favorisent l’amélioration de la qualité des enseignements, ainsi que les compétences clés qui sont négligées dans les programmes de formation. 

Cliquez ici pour télécharger l’étude.



En apprendre davantage sur les projets de recherche soutenus par le programme : X 

En savoir plus sur le Professeur Germain Fabrice Menye: X 

Actualités récentes

Bénin : la recherche-action « Agir pour la promotion d’écoles béninoises inclusives et sensibles au genre » (APEBISG) présentée au Togo

Au Bénin, neuf établissements scolaires vont servir de terrain d’expérimentation à une recherche sur les liens entre gouvernance scolaire et pratiques pédagogiques inclusives. Le 6 octobre 2026, aux Journées scientifiques internationales de Lomé, au Togo, le Dr Clément Coovi Bah, de l’Université d’Abomey-Calavi, a présenté les fondements de cette démarche et les étapes prévues sur le terrain. Intitulée « Agir pour la promotion d’écoles béninoises inclusives et sensibles au genre » (APEBISG), cette recherche-action bénéficie du soutien scientifique et financier du programme APPRENDRE. Visionnez sa présentation dans la suite de l’article.

Maroc : après le décrochage scolaire, quelle deuxième chance pour les filles vulnérables ?

Selon de récents rapports du ministère de l’Éducation nationale, près de 280 000 élèves ont quitté l’école au Maroc dont environ 160 000 au niveau du collège. Les Écoles de la Deuxième Chance – Nouvelle Génération (E2C-NG) leur offrent une voie de retour vers la formation et l’emploi. Mais pour les filles, les difficultés qui ont interrompu une première scolarité peuvent continuer à peser sur la suivante. Dans douze centres de Casablanca-Settat et Marrakech-Safi, 300 jeunes vont participer à une recherche consacrée à ce qui permet réellement de raccrocher. Elle bénéficie du soutien scientifique et financier du programme APPRENDRE.

Enseigner aujourd’hui : ce que racontent 11 recherches dans 9 pays africains 

D’ici 2030, il faudra recruter 44 millions d’enseignantes et d’enseignants dans le monde, dont près de 15 millions en Afrique subsaharienne. Un défi de recrutement, mais aussi de maintien dans le métier : chaque départ en cours de carrière remet une pièce dans la machine à pénurie. De la première affectation aux possibilités d’évolution, 11 recherches menées dans 9 pays africains montrent où se joue la suite d’une carrière enseignante et dégagent six pistes pour éviter de perdre en chemin une partie des personnels dont les systèmes éducatifs ont besoin.