À Madagascar, une grande partie des enseignantes et enseignants du primaire sont des maîtres FRAM, c’est-à-dire des personnels enseignants communautaires recrutés localement. Beaucoup entrent dans le métier sans avoir bénéficié d’une formation professionnelle initiale, ce qui donne un rôle particulièrement important à la formation et à l’accompagnement tout au long de la carrière. Depuis 2021, le ministère de l’Éducation nationale travaille avec l’appui d’APPRENDRE pour renforcer plusieurs étapes de ce parcours : les Journées pédagogiques et la formation continue, l’accompagnement dans les classes, la préparation des futurs personnels enseignants et la maîtrise du français. Après quatre années d’activités, une équipe du programme était à Antananarivo en septembre pour préparer avec le ministère les prochains appuis jusqu’à fin 2027.

Ricardo Rasolofoniaina, Secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, avec les directions du ministère et l’équipe d’APPRENDRE lors de la restitution des pistes de travail pour la prochaine phase du programme.


Depuis 2021, 18 activités ont été menées, avec près de 800 participations de personnels du ministère, de l’Institut national de formation pédagogique et des centres régionaux de formation. Elles ont permis de faire évoluer plusieurs pans de la formation des enseignantes et enseignants, mais aussi de documenter et partager des expériences pédagogiques développées à Madagascar. La diffusion de ces travaux constitue désormais l’un des sujets de la prochaine phase. 


Rénover les Journées pédagogiques 


Prévues trois fois par année scolaire, les Journées pédagogiques constituent un temps de formation continue du corps enseignant. Dans la région de la Sava, le diagnostic avait toutefois relevé des sessions irrégulières, faute de moyens, et des contenus encore largement consacrés aux questions administratives et réglementaires. Les difficultés pédagogiques et didactiques rencontrées dans les classes y trouvaient moins de place.  

Un plan de rénovation a donc été élaboré avec les services chargés de l’encadrement et de l’inspection et la Direction régionale de l’Éducation nationale de la Sava. Il prévoit de renforcer le travail sur les pratiques d’enseignement. Pensé à l’échelle de la région, il doit être expérimenté et évalué avant une éventuelle extension à d’autres régions de Madagascar.  


Renforcer l’accompagnement pédagogique 


Des personnels chargés de l’encadrement pédagogique ont été formés à l’observation et à l’analyse des pratiques enseignantes. Ils ont ensuite élaboré des grilles adaptées au contexte malgache, qui permettent d’observer une séance à partir de repères communs puis de l’analyser avec l’enseignante ou l’enseignant. 

Inspectrices et inspecteurs, conseillères et conseillers pédagogiques ou chefs de zone administrative et pédagogique ont expérimenté ces outils à Ambohidratrimo et dans la Sava, avec des équipes enseignantes et des directions d’école. Les séances observées concernaient le français, les mathématiques, les sciences et la technologie.  

Une vidéo tournée à Madagascar permet de voir cette méthode à l’œuvre. Une enseignante y est filmée pendant une séance fondée sur la pédagogie active. Elle analyse ensuite sa pratique avec une accompagnatrice, à partir de la grille d’observation : participation et autonomie des élèves, organisation des activités, place donnée à leur parole. La vidéo rejoint une collection produite par APPRENDRE pour travailler sur l’accompagnement pédagogique à partir de situations de classe.  


Faire circuler les expériences pédagogiques malgaches 


En juin 2024, les premières Journées nationales de l’innovation pédagogique ont réuni à Antananarivo près de 200 enseignantes et enseignants, personnels de formation, universitaires et étudiantes et étudiants venus de différentes régions de Madagascar. Vingt-six communications ont permis de présenter des expériences menées dans les écoles, collèges, lycées et universités, autour de l’inclusion, des pratiques pédagogiques et de l’évaluation, du numérique ou encore du travail collectif. 

Ces expériences ont ensuite été documentées pour pouvoir circuler hors des deux journées. Douze contributions ont été retenues dans les Actes des JNIP 2024, avec des travaux sur la scolarisation d’élèves à besoins éducatifs particuliers, une école installée sur un site minier, l’enseignement des sciences, des mathématiques ou encore les usages du numérique. Les Actes ont depuis fait l’objet d’un webinaire de présentation, afin de prolonger les échanges autour des expériences présentées.  


Développer les ressources de formation en français 


En 2023, 400 enseignantes et enseignants du primaire et du secondaire et 40 élèves-maîtres, répartis dans dix régions, ont passé le test APPRENDRE EV@LANG. L’évaluation portait sur la compréhension orale et écrite, la grammaire et le vocabulaire. Les résultats ont ensuite servi à revoir les ressources destinées au perfectionnement en français. Articles Madagascar 

Des personnels de l’Institut national de formation pédagogique et de ses centres régionaux ont élaboré douze livrets d’autoformation en français, depuis digitalisés.  


Former les personnes chargées de la formation 


À l’Institut national de formation pédagogique, APPRENDRE a accompagné les équipes sur la conception des formations destinées au corps enseignant. Elles ont ensuite élaboré un module consacré à l’entrée dans le métier et aux premiers gestes professionnels pour prendre en main une classe. Le travail a également porté sur l’analyse des pratiques pendant les stages d’observation et les stages en responsabilité des élèves-maîtres.  

Après quatre années d’activités, plusieurs ressources restent cependant en attente de validation institutionnelle. L’évaluation réalisée en 2025 relève que cette situation freine leur diffusion auprès du corps enseignant, des directions d’établissement et des personnels de formation et d’encadrement. La prochaine phase devra donc aussi organiser la diffusion et l’utilisation des ressources déjà produites.  


Préparer les activités jusqu’à fin 2027 


Du 14 au 18 septembre, une équipe d’APPRENDRE était à Antananarivo pour préparer cette nouvelle phase avec le ministère de l’Éducation nationale. Les échanges ont associé le Secrétaire général du ministère, Ricardo Rasolofoniaina, et les directions chargées de la pédagogie, de la formation, des systèmes d’information, de l’encadrement et de l’inspection.

Rencontre avec la Direction des systèmes d’information du ministère de l’Éducation nationale.

Les activités restent à préciser, mais plusieurs priorités se dessinent déjà. La rentrée 2026 marque l’entrée en vigueur de nouveaux programmes scolaires, alors que plusieurs cadres qui organisent la formation datent de 2019. Leur actualisation permettrait de mieux accorder les compétences attendues du corps enseignant, les contenus enseignés et les formations proposées. 

Avec la Direction générale de la pédagogie. Les nouveaux programmes scolaires, entrés en vigueur à la rentrée 2026, conduisent à revoir plusieurs cadres qui organisent la formation des enseignantes et enseignants.

Le référentiel de compétences des enseignantes, enseignants et personnels de formation pourrait ainsi être actualisé, de même que les curricula et les unités d’enseignement de la formation initiale au primaire et au collège. Une cartographie de l’offre de formation est également envisagée pour disposer d’une vue d’ensemble de l’existant, en formation initiale comme en formation continue, et identifier les ressources encore à développer. 

Séance de travail avec la Direction générale de l’Institut national de formation pédagogique sur l’évolution de la formation initiale et continue.
Rencontre avec les responsables de l’encadrement et de l’inspection pédagogiques, qui accompagnent les enseignantes et enseignants au plus près des écoles.

L’encadrement pédagogique de proximité devrait constituer un autre axe. Le renforcement des réseaux d’échanges pédagogiques de proximité et du rôle des inspectrices et inspecteurs figure parmi les pistes étudiées. La stratégie nationale de formation des enseignantes et enseignants, qui date elle aussi de 2019, pourrait être revue afin de mieux articuler formation initiale, formation continue et formation des personnels d’encadrement. 

La formation en français devrait également se poursuivre. Des tests de positionnement et des modules actualisés sont envisagés pour le primaire et le collège. Les ressources d’autoformation développées ces dernières années pourront servir de base à ce travail, avec une adaptation aux nouveaux programmes scolaires. 

Rencontre avec la Direction des systèmes d’information du ministère de l’Éducation nationale.

APPRENDRE intervient ici aux côtés d’autres partenaires. L’Agence française de développement (AFD), l’UNICEF, la Banque mondiale et d’autres acteurs de l’éducation ont été rencontrés pendant la semaine. Les Journées pédagogiques et l’encadrement de proximité font déjà l’objet d’autres interventions ; la prochaine programmation devra donc répartir les appuis et rechercher les complémentarités. 

Les propositions recueillies pendant la mission vont maintenant être examinées et chiffrées avec le ministère pour établir le nouveau plan de travail d’APPRENDRE à Madagascar jusqu’à fin 2027.

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