PASEC2024 : que nous disent les résultats sur les apprentissages et la formation des enseignantes et enseignants en Afrique ?

De gauche à droite : Malick Gaye, chargé de projet suivi-évaluation, Margarita López Méndez, responsable de projet, et Adeline Fournier, coordinatrice du programme APPRENDRE, lors du lancement international des résultats du PASEC2024, le 22 octobre 2026 à Dakar.
Des progrès en début de primaire qui s’essoufflent au fil de la scolarité
En début de primaire, les résultats progressent nettement : dans les huit pays disposant de données comparables, la proportion d’élèves atteignant le seuil minimum de compétences est passée de 30 % à 51 % en lecture et de 55 % à 68 % en mathématiques entre 2014 et 2025.
Mais cette embellie ne se retrouve pas en fin de cycle. Seuls 38,5 % des élèves atteignent le seuil suffisant en lecture, tandis qu’en mathématiques, la part de ceux qui restent sous le seuil est passée de 59 % à 75 % en onze ans. Le premier bilan réalisé au collège confirme l’ampleur des difficultés : 32,7 % des élèves atteignent le seuil minimum en lecture et 22,6 % en mathématiques.
L’établissement fréquenté compte aussi dans les disparités observées : dans 9 pays sur 16, les différences de résultats en lecture sont plus importantes entre les écoles qu’entre les élèves d’un même établissement.
Enseignantes et enseignants : des compétences et des conditions d’exercice très contrastées
Le rapport consacré aux enseignantes et enseignants apporte une autre pièce au puzzle. Après les résultats des élèves, place à celles et ceux qui leur enseignent. Dans 16 pays, l’enquête dresse leur portrait : ancienneté, niveau de diplôme, formation, conditions de travail… Elle évalue aussi leurs connaissances en compréhension de l’écrit, en mathématiques et dans la didactique de ces deux disciplines.
Plus d’une enseignante ou d’un enseignant sur deux a reçu au maximum une année de formation pédagogique initiale, voire aucune. Quant à la formation continue, 73 % des personnes interrogées déclarent en avoir suivi une au cours des deux années précédant l’enquête. Mais cette proportion varie fortement selon les pays : de moins de la moitié au Burundi à neuf sur dix à Djibouti.
Et sur quoi portent ces formations ? D’après les déclarations des personnes interrogées, la didactique du français et des mathématiques, la pédagogie et l’évaluation des apprentissages figurent parmi les thématiques les plus fréquemment abordées. L’éducation inclusive, l’intégration des technologies, le climat scolaire, le développement durable et la santé figurent parmi les thématiques les moins citées, les enjeux liés au genre arrivant en dernière position.
Les évaluations des connaissances apportent un autre éclairage. 43 % des enseignantes et enseignants atteignent le niveau le plus élevé en compréhension de l’écrit, contre 21 % en mathématiques, sur deux échelles de compétences distinctes.
Les écarts entre femmes et hommes sont particulièrement marqués en mathématiques : 14 % des enseignantes atteignent le niveau le plus élevé, contre 29 % des enseignants. En compréhension de l’écrit, la situation est différente : l’avantage moyen des hommes est plus faible et s’inverse même au Cameroun et au Nigéria.
Comprendre pourquoi un élève se trompe : un défi en lecture comme en mathématiques. Les épreuves de didactique mettent en évidence des difficultés lorsqu’il faut analyser les réponses des élèves et identifier l’origine de leurs erreurs. En compréhension de l’écrit, les questions sur les concepts didactiques sont mieux réussies que celles qui demandent d’expliquer une erreur. En mathématiques, les enseignantes et enseignants rencontrent notamment des difficultés pour reconstituer le raisonnement qui a conduit un élève à une réponse incorrecte. Un enjeu essentiel pour choisir ensuite comment l’aider à progresser.
Ces résultats invitent à regarder au-delà du nombre de formations suivies : quels contenus sont abordés, quelles connaissances restent difficiles à maîtriser et quelle place est accordée à l’analyse des erreurs des élèves ?
L’explorateur du PASEC2024 pour analyser les inégalités scolaires au-delà des moyennes nationales
Les moyennes nationales ont leurs limites : elles gomment parfois des écarts considérables entre les élèves. Avec l’explorateur du PASEC2024, la photographie gagne en relief. Les résultats se déclinent selon le genre, le milieu rural ou urbain, le type d’établissement, l’accès aux manuels scolaires ou encore la fréquentation du préprimaire. Le regard se porte aussi sur le corps enseignant : âge, genre, niveau d’études, parcours de formation, visites d’encadrement pédagogique. En croisant ces différentes dimensions, les disparités prennent des contours plus précis, offrant aux systèmes éducatifs de nouvelles pistes pour ajuster la formation et l’accompagnement aux réalités du terrain.
Que faire de cette mine d’informations pour améliorer la formation et l’accompagnement pédagogique ?
C’est tout l’intérêt de ces résultats pour le programme APPRENDRE. Aux côtés des ministères de l’Éducation et des institutions nationales, le programme accompagne la conception de dispositifs de formation, renforce les capacités des personnels d’encadrement pédagogique et soutient la production de ressources et de recherches utiles aux systèmes éducatifs.
Cette démarche part des réalités du terrain, de l’observation des pratiques de classe et de l’analyse des apprentissages. Elle vise notamment à donner aux enseignantes et enseignants les clés pour comprendre les difficultés de leurs élèves, adapter leurs pratiques et gagner en autonomie professionnelle.
Les données du PASEC2024 permettent d’affiner encore ce travail sur mesure, en repérant plus précisément les besoins, les écarts et les priorités à prendre en compte avec chaque pays partenaire.
Merci à la CONFEMEN pour son invitation et pour la mise à disposition de ces données, qui constituent une ressource précieuse pour nourrir les échanges et orienter les travaux en faveur de la qualité des enseignements et des apprentissages.