Bénin : la recherche-action « Agir pour la promotion d’écoles béninoises inclusives et sensibles au genre » (APEBISG) présentée au Togo
Le projet APEBISG en une minute :
Pour préparer l’expérimentation, l’équipe d’APEBISG a passé en revue des travaux scientifiques, des rapports institutionnels et des données sur l’éducation au Bénin. Elle a examiné les politiques nationales, le fonctionnement des établissements et les pratiques pédagogiques pour comprendre comment ces trois niveaux influencent les conditions d’apprentissage.
Cette analyse a mis en évidence les limites de la formation initiale des enseignantes et enseignants face à la diversité des besoins éducatifs, ainsi que les contraintes liées aux programmes scolaires.
Aux Journées scientifiques internationales de Lomé, le Dr Clément Coovi Bah est revenu sur les principaux constats de cette analyse avant de présenter le modèle conçu par son équipe et la démarche prévue pour l’expérimenter.
Des chiffres alarmants
Les données citées par le chercheur sont préoccupantes. Selon les estimations mobilisées dans sa présentation, près d’un enfant sur trois serait hors de l’école au Bénin et 56 % des enfants de 10 ans ne parviendraient pas à lire un texte adapté à leur âge.
Pour de nombreuses filles, la poursuite des études se heurte à des réalités autrement brutales. Les données présentées font état de 27,5 % de filles mariées avant 18 ans et d’une sur quatre ayant subi des violences physiques ou sexuelles. Derrière ces chiffres, des parcours scolaires interrompus ou rendus plus difficiles par les violences, les mariages précoces, la pauvreté et les normes sociales.
L’école elle-même n’échappe pas à ces mécanismes d’exclusion. La revue de littérature pointe des installations sanitaires inadaptées, des stéréotypes de genre, une participation limitée des élèves aux décisions et des enseignements qui tiennent insuffisamment compte de la diversité des besoins. Autant de difficultés qui peuvent compromettre l’accès aux apprentissages, même lorsque les élèves sont présents en classe.
Agir sur les décisions et les pratiques pédagogiques
Pour travailler sur ces différents obstacles, l’équipe d’APEBISG a associé deux approches complémentaires.
La gouvernance scolaire inclusive concerne la manière dont les décisions sont prises, les ressources réparties et les besoins des élèves pris en compte dans l’organisation de l’école.
La conception universelle de l’apprentissage (CUA) propose de concevoir les enseignements en tenant compte, dès le départ, de la diversité des élèves. Supports, activités et évaluations peuvent ainsi varier pour rendre les apprentissages plus accessibles.
Pour faire le lien entre ces deux approches, l’équipe de recherche a retenu quatre mécanismes :
- La participation, qui concerne la place des élèves, des enseignantes et enseignants et des autres actrices et acteurs dans les décisions de l’établissement.
- L’accessibilité, qui porte sur les conditions permettant à chaque élève de participer aux activités et de progresser dans ses apprentissages.
- L’apprentissage collectif, qui repose sur le travail des équipes, le partage d’expériences et l’évolution des pratiques.
- Le retour d’information, qui permet de faire remonter les difficultés observées en classe pour ajuster les décisions de l’établissement.
Dans les neuf écoles retenues, les chercheurs examineront comment ces mécanismes peuvent être mis en œuvre et dans quelles conditions ils contribuent à rapprocher l’organisation scolaire des besoins rencontrés dans les classes.
Neuf établissements pour chercher des réponses sur le terrain
L’expérimentation sera menée dans neuf établissements des départements de l’Ouémé, des Collines et du Borgou.
Dans chaque école, un diagnostic participatif permettra d’identifier les obstacles à l’inclusion. À partir de ces constats, l’équipe d’APEBISG élaborera avec les équipes éducatives des plans d’action adaptés aux besoins de chaque établissement.
Leur mise en œuvre sera accompagnée, puis évaluée. L’équipe examinera les changements observés dans l’organisation scolaire et les pratiques pédagogiques, mais aussi les mesures difficiles à appliquer et les différences entre établissements.
Cette démarche permettra de mieux comprendre ce que les équipes scolaires peuvent faire évoluer à leur échelle et les conditions nécessaires pour que ces changements s’inscrivent dans la durée.
Pour en savoir plus sur cette recherche-action
À Lomé, les discussions ont déjà porté sur l’après-projet
Les échanges qui ont suivi la présentation ont porté sur les suites possibles de la recherche-action. Plusieurs participantes et participants se sont interrogés sur la possibilité pour l’État béninois de prendre le relais et d’envisager un déploiement à plus grande échelle.
Les discussions ont également abordé les contraintes familiales et les normes sociales qui pèsent sur la participation des élèves. Certaines interventions ont souligné l’intérêt d’associer les écoles de formation des enseignantes et enseignants au projet, notamment pour les contenus de formation.
Pour l’heure, la généralisation reste une perspective. Les neuf établissements permettront d’abord de confronter le modèle aux réalités du terrain, d’en mesurer les effets et d’en identifier les limites.