Et si accompagner les enseignantes et les enseignants, c’était d’abord apprendre à observer ? En Côte d’Ivoire, le Ministère de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation mise sur l’observation et la collaboration pour renouveler les pratiques d’encadrement. Fin septembre 2025, une cinquantaine de conseillers et d’inspecteurs pédagogiques ont participé à des ateliers dédiés à l’amélioration de grilles d’observation et d’analyse des pratiques enseignantes, et à structurer des Communautés d’Apprentissage Professionnelles, véritables espaces de partage et de développement continu pour le personnel enseignant.


Une démarche progressive et ancrée dans le réel 


Ces ateliers s’inscrivent dans la continuité d’un processus initié plus tôt dans l’année. Deux experts APPRENDRE, Afsata Pare-Kaboré et Thierry Philoppot, ainsi que des experts nationaux, Yao Jean-Baptiste Esse et Kouame Konan Célestin, ont d’abord formé les encadreurs à la conception de grilles d’observation et d’analyse de classes, outils essentiels pour une nouvelle approche de l’accompagnement pédagogique. Une phase d’expérimentation en situation réelle a suivi : les encadreurs ont utilisé les grilles pour observer des enseignantes et enseignants dans leurs classe. Cette phase a permis de tester l’efficacité des outils, d’identifier les besoins réels du personnel enseignant et de vérifier que les observations issues des grilles pouvaient se traduire en plans de formation et de remédiation concrets. 

Du 29 septembre au 3 octobre, le travail s’est intensifié. En se basant sur leurs retours de terrain, les encadreurs ont consolidé les grilles d’observation et, guidés par les experts APPRENDRE, ont élaboré des plans de formation adaptés aux besoins identifiés. Ces plans, directement issus des observations, sont destinés à être déployés au sein des Communautés d’Apprentissage Professionnelles (CAP). 

Dans le cadre d’un autre atelier animé par Yesifa Azovide, expert APPRENDRE dans le domaine des CAP, et Babou Fofanaes, les encadreurs ont appris à structurer et piloter une CAP. En utilisant les résultats des expérimentations, ils ont identifié les besoins prioritaires qui vont orienter les actions de remédiation au sein de ces communautés. Les CAP sont ainsi vouées à devenir des espaces d’accompagnement concret et continu, où les enseignants peuvent partager leurs expériences, se former et améliorer leurs pratiques ensemble.


Vers un impact durable et généralisable 


Ces ateliers ont donc permis aux encadreurs pédagogiques de mieux comprendre et assumer leur rôle : au lieu de se limiter à contrôler les enseignants, ils apprennent à les accompagner de manière constructive et collaborative. Ces ateliers ne se limitent toutefois pas à former les encadreurs, ils instaurent un dispositif où l’observation devient le moteur d’actions pédagogiques concrètes et durables. 

Cette initiative ouvre la voie à une généralisation nationale des outils pour mieux observer et accompagner les personnels de l’enseignement au sein de CAP, grâce à l’élaboration d’un plan de dissémination et d’un mécanisme de suivi validés par le MENA. 


Actualités récentes

Bénin : la recherche-action « Agir pour la promotion d’écoles béninoises inclusives et sensibles au genre » (APEBISG) présentée au Togo

Au Bénin, neuf établissements scolaires vont servir de terrain d’expérimentation à une recherche sur les liens entre gouvernance scolaire et pratiques pédagogiques inclusives. Le 6 octobre 2026, aux Journées scientifiques internationales de Lomé, au Togo, le Dr Clément Coovi Bah, de l’Université d’Abomey-Calavi, a présenté les fondements de cette démarche et les étapes prévues sur le terrain. Intitulée « Agir pour la promotion d’écoles béninoises inclusives et sensibles au genre » (APEBISG), cette recherche-action bénéficie du soutien scientifique et financier du programme APPRENDRE. Visionnez sa présentation dans la suite de l’article.

Maroc : après le décrochage scolaire, quelle deuxième chance pour les filles vulnérables ?

Selon de récents rapports du ministère de l’Éducation nationale, près de 280 000 élèves ont quitté l’école au Maroc dont environ 160 000 au niveau du collège. Les Écoles de la Deuxième Chance – Nouvelle Génération (E2C-NG) leur offrent une voie de retour vers la formation et l’emploi. Mais pour les filles, les difficultés qui ont interrompu une première scolarité peuvent continuer à peser sur la suivante. Dans douze centres de Casablanca-Settat et Marrakech-Safi, 300 jeunes vont participer à une recherche consacrée à ce qui permet réellement de raccrocher. Elle bénéficie du soutien scientifique et financier du programme APPRENDRE.

Enseigner aujourd’hui : ce que racontent 11 recherches dans 9 pays africains 

D’ici 2030, il faudra recruter 44 millions d’enseignantes et d’enseignants dans le monde, dont près de 15 millions en Afrique subsaharienne. Un défi de recrutement, mais aussi de maintien dans le métier : chaque départ en cours de carrière remet une pièce dans la machine à pénurie. De la première affectation aux possibilités d’évolution, 11 recherches menées dans 9 pays africains montrent où se joue la suite d’une carrière enseignante et dégagent six pistes pour éviter de perdre en chemin une partie des personnels dont les systèmes éducatifs ont besoin.