Le décrochage scolaire reste un problème majeur à Madagascar. Sur les 100 enfants inscrits en début de primaire, seuls 44,5 atteindront la dernière année et à peine 33,5 parviendront à entrer dans le secondaire. Face à cette situation alarmante, une recherche sur les facteurs favorisant la transition école/collège a été menée par le Centre de Recherche pour le Développement (CRD) de l’Université Catholique de Madagascar. Soutenue par APPRENDRE, l’étude, ainsi que les préconisations qui en découlent, ont été présentées au mois de décembre 2023. 

L’une des spécificités de cette recherche est la plurisciplinarité du travail, mettant en avant le caractère systémique du décrochage scolaire. Les membres du projet sont ainsi revenus sur les aspects psychologiques, sociodémographiques et économiques qui conditionnent la réussite de la transition école/école. Lire la suite pour découvrir la synthèse des travaux de recherche, et pour télécharger gratuitement l’intégralité de l’étude. 

Dans le cadre de l’appel à projets de recherche “Accompagner le développement du cycle fondamental : l’enjeu de la transition école/collège”, APPRENDRE a apporté un soutien scientifique et financier à une équipe de recherche coordonnée par le Professeur Olivier Rakotomalala, Enseignant-chercheur au département de psychologie de l’Université Catholique de Madagascar (UCM).


Les résultats et les recommandations de l’équipe ont été présentés le 1er décembre 2023 à l’Université Catholique de Madagascar, à Antananarivo, à des représentants des Ministères de l’Education et de l’Economie et des Finances, de la Direction de l’Encadrement Scolaire et de l’Inspection Pédagogique (DESIP), de l’Ecole Normale Supérieure d’Antananarivo, de l’Institut National de Formation Pédagogique (INFP),  du réseau des Centres de Formation Pédagogique (CRINFP), de l’Institut Supérieur d’Anthropologie et d’Ecologie, de l’Agence Universitaire de la Francophonie, de l’UNICEF, et de doctorants. 


Frédérique Andriamaro, Doyenne de la Faculté des Sciences Sociales de l’UCM
Olivier Ramiandrisoa , Directeur Général de l’Économie et du Plan au Ministère de l’Économie et des Finances
Narindra Ranaivoson Andriambala, Économiste
Miara Lalaina Rajaobelina, Responsable régionale APPRENDRE

Contexte 


Ces dernières années, davantage d’efforts ont été déployés tant par le gouvernement que par les autres parties prenantes pour améliorer l’éducation à Madagascar. Des réformes ont été menées ; des infrastructures ont été construites et des enseignants ont été recrutés pour pouvoir offrir un meilleur service.  

Les résultats du Multiple Indicators Cluster Survey – Education Analysis for Global Learning and Equity (MICS EAGLE) Madagascar de l’UNICEF en 2022, révèlent pourtant que les taux d’achèvement restent faibles dans la grande île tant au niveau primaire qu’au niveau secondaire: « Le taux d’achèvement au niveau primaire est de 56% avec 86% pour le quintile le plus riche contre 18% pour le quintile le plus pauvre. De même pour le collège, le taux d’achèvement est de 26% avec 67% pour le quintile le plus riche et 3% pour le plus pauvre. » (p.3). 


Causes du problème 


Les travaux de recherche menés dans trois régions de la grande île (Analanjirofo, Amoron’i Mania et Menabe), révèlent que le décrochage scolaire dépend principalement du niveau de revenu du ménage concerné. En effet, la probabilité d’abandonner l’école est relativement élevée pour les enfants issus des ménages ayant un revenu inférieur au SMIG (250 000 Ar) comparativement à ceux issus des ménages ayant un revenu supérieur à ce seuil. Les enfants dont les parents travaillent dans le secteur primaire (agriculture) sont par conséquent les plus touchés par le retrait de l’école.  

Des analyses plus approfondies ont permis d’observer que les coûts mensuels de scolarisation des enfants ont constitué 36% du revenu des ménages ayant déscolarisé leurs enfants. Ces coûts englobent l’écolage, les salaires des Enseignants non-fonctionnaires (ENF) pour les écoles publiques, les fournitures scolaires, les frais de déplacement, les cours de renforcement de capacités, et les dépenses diverses. Au début de l’année scolaire, les dépenses moyennes pour l’achat de fournitures scolaires (pouvant aller jusqu’à 250 000 Ariary pour un enfant) peuvent dépasser même le double du revenu du ménage concerné. 

Les autres aspects comme la proximité des infrastructures scolaires, la question du travail des enfants, l’offre scolaire et la qualité de l’enseignement en elle-même n’ont pas été présentés lors de l’atelier mais discutés pleinement durant les interventions du public. 


Recommandations de l’équipe de recherche 


Suite au constat selon lequel la capacité financière des ménages constitue l’un des principaux déterminants du décrochage scolaire des enfants, les propositions de recommandations suivantes suggèrent d’appuyer davantage les ménages, particulièrement ceux les plus vulnérables, en leur allouant ou en leur offrant l’opportunité de générer plus de ressources afin qu’ils puissent dégager suffisamment de moyens pour assurer la scolarisation de leurs enfants :  

  • Donner des subventions sous forme de bourses d’excellence (en fonction de l’assiduité et des résultats) aux ménages, afin de motiver les élèves et inciter les parents à envoyer leurs enfants à l’école. Cela allègerait en effet les charges financières afférentes à la scolarisation des enfants. 
  • Considérer le niveau de revenu des ménages et leur capacité à payer dans l’identification des politiques, des programmes et des projets à mettre en œuvre. Prioriser les zones les plus vulnérables et réorienter les actions de l’Etat et des Partenaires Techniques et Financiers (PTF) vers ces zones. Cette priorisation pourrait se faire lors des Conférences Budgétaires Régionales (CBR), précédant la préparation des lois de Finances en ce qui concerne les interventions financées sur Ressources Propres Internes (RPI).  
  • Renforcer les programmes existants de cantines scolaires et de distribution de kits scolaires en ciblant les communautés les plus nécessiteuses, particulièrement les communes ayant des ménages à bas revenus. 
  • Accompagner les parents dans la recherche d’emplois ou la création d’activités génératrices de revenus (AGR) afin d’améliorer leur autosuffisance financière. 

Présentation des résultats de la recherche par Prof. Frédérique Andriamaro, Membre de l’équipe de recherche :

Séminaire « Accompagner le développement du cycle fondamental : l’enjeu de la transition école/collège » – 15 février 2024, Yaoundé (Cameroun)

Interview de la Prof. Frédérique Andriamaro :

Actualités récentes

Congo : de nouveaux programmes scolaires, et tout un accompagnement pédagogique à repenser

Au Congo, la réforme des programmes scolaires invite aussi à revoir la façon dont les enseignantes et enseignants sont accompagnés dans leur métier. Classes surchargées, passage à l’approche par compétences, éducation inclusive : ces sujets pourraient nourrir davantage le travail des groupes d’animation pédagogique (GAP), des temps de formation où les équipes enseignantes, accompagnées par les inspections, examinent leurs façons de faire cours, confrontent leurs expériences et travaillent sur les problèmes rencontrés avec les élèves. Du 19 au 22 octobre 2026, une mission du programme APPRENDRE a travaillé avec le ministère de l’Enseignement préscolaire, primaire, secondaire et de l’Alphabétisation (MEPPSA) et échangé avec les partenaires du secteur éducatif pour préparer les prochaines activités au primaire et au collège.

Quand les élèves reprennent goût aux maths et aux sciences : l’expérience de Maurice partagée en Tunisie

À Maurice, des élèves qui rencontraient des difficultés en mathématiques ont réussi à résoudre des problèmes qui leur posaient jusque-là des difficultés, tout en participant davantage aux échanges en classe. Dans un établissement secondaire, 36 élèves ont choisi de continuer à étudier les sciences au lycée, contre une dizaine au maximum les années précédentes. Derrière ces évolutions encourageantes, des équipes éducatives qui ont cherché ensemble à mieux comprendre les difficultés de leurs élèves et à faire évoluer leurs façons d’enseigner. Ce travail s’est organisé autour de six communautés de pratique, créées en 2025 dans douze établissements mauriciens avec le soutien du programme APPRENDRE. Les équipes se sont appuyées sur la recherche pour mener leurs expérimentations. Deux de ces expériences, consacrées aux mathématiques et aux sciences, ont été présentées le 1er novembre 2026 au Forum tunisien pour l’éducation.

PASEC2024 : pourquoi les filles restent-elles désavantagées en mathématiques ?

En Afrique subsaharienne francophone, les résultats des élèves en mathématiques dessinent une géographie contrastée des inégalités entre filles et garçons. D’un pays à l’autre, les écarts changent de sens et d’ampleur. Les stéréotypes de genre, les manuels scolaires et les habitudes de classe peuvent influencer la confiance des filles et leur rapport aux mathématiques.

Asifa Salehmohamed, experte du programme APPRENDRE, examine les facteurs qui contribuent à ces inégalités et propose plusieurs pistes pour les réduire en classe. Titulaire d’un master en éducation de l’Université de Cambridge, elle est chargée de cours spécialisée dans la formation des enseignantes et enseignants à Maurice.