Inclusion, acquis des élèves, carrières des enseignantes et enseignants : les travaux qui attendent APPRENDRE au Cameroun
Rencontre avec Fabien Nkot, Secrétaire général du ministère des Enseignements Secondaires (MINESEC), en présence d’Evang Assembe et Bertin Ayong, points focaux APPRENDRE pour le primaire et le secondaire, et de l’équipe APPRENDRE : Adeline Fournier, coordonnatrice du programme, et Ndèye Marie Carvalho, responsable régionale.
Ces priorités ont été validées cet été par le ministère de l’Éducation de Base (MINEDUB) et le ministère des Enseignements Secondaires (MINESEC), en cohérence avec la Stratégie du secteur de l’éducation et de la formation 2023-2030.
Elles répondent aussi à des évolutions récentes : adoption d’une politique nationale d’éducation inclusive en 2024, nouvelles missions des Écoles normales en matière de formation continue et de recherche, et lancement en 2026 du Programme d’appui à la professionnalisation du métier enseignant au Cameroun, qui accompagne notamment la mise en place d’une évaluation nationale des apprentissages au primaire et des travaux sur la gestion du personnel enseignant.
APPRENDRE, de son côté, accompagne le Cameroun depuis 2021. Le programme a déjà travaillé sur plusieurs des sujets qui se poursuivront jusqu’en 2027 : observation des pratiques enseignantes, pédagogie inclusive, remédiation en mathématiques et formation des chefs d’établissement.
Le plan de travail validé cet été par le MINEDUB et le MINESEC fixe maintenant les travaux à mener jusqu’en 2027.
Des repères communs pour former et accompagner les pratiques inclusives
Depuis l’adoption de la politique nationale d’éducation inclusive en 2024, le Cameroun travaille à sa traduction dans la formation et les pratiques enseignantes. Avec APPRENDRE, un état des lieux permettra d’identifier les pratiques inclusives déjà enseignées et les besoins de formation. Un guide de formation sera ensuite élaboré, ainsi que des grilles d’observation pour aider les personnels d’encadrement à analyser les pratiques en classe et à accompagner leur évolution.
Mesurer les acquis pour ajuster l’accompagnement des élèves
Le suivi des apprentissages constitue un autre volet du travail. Le MINEDUB et APPRENDRE prévoient de développer un outil de mesure des compétences fondamentales en lecture, en écriture et en mathématiques. Il devra permettre d’apprécier les acquis des élèves à partir de critères communs et de mieux identifier les difficultés qui appellent un accompagnement.

Classes complexes : une recherche-action pour faire évoluer la formation et les politiques éducatives
Classes multigrades, doubles vacations, effectifs pléthoriques : ces configurations sont regroupées dans le plan sous l’appellation « classes à groupes complexes ». Une recherche-action associera des personnes issues de la recherche, de l’enseignement et de l’encadrement pour documenter et analyser les stratégies pédagogiques développées dans ces situations.
Les résultats de la recherche sont destinés à nourrir les politiques éducatives et leur mise en œuvre. D’ici fin 2027, ils devront être intégrés dans au moins deux modules de formation. Le plan prévoit également que la moitié des recommandations soient reprises par le MINEDUB ou le MINESEC dans un document de politique, un plan d’action ou un dispositif de formation.
Évolution professionnelle et conditions d’exercice du métier enseignant
La reconnaissance des compétences acquises, les perspectives de carrière et les conditions d’exercice font partie des sujets que le Cameroun souhaite approfondir avec APPRENDRE.
Un diagnostic permettra d’identifier les obstacles rencontrés par les enseignantes et enseignants au fil de leur parcours et d’examiner ce qui peut favoriser leur évolution professionnelle et leur maintien dans le métier.
La gestion des carrières pose aussi la question de la fidélisation des personnels dans les territoires où les postes sont difficiles à pourvoir durablement. Dans les zones enclavées, l’AFD, qui finance APPRENDRE, soutient déjà des mesures portant notamment sur les primes de fidélisation et le logement du personnel enseignant. Ces travaux doivent être rapprochés de ceux prévus avec APPRENDRE afin de mieux articuler les réponses apportées à ces difficultés.
Cette réflexion suppose également de disposer d’informations fiables sur les personnels. Pour suivre les affectations et les carrières, les ministères doivent pouvoir savoir où travaillent les enseignantes et enseignants et retracer leur parcours. Or, la mission a fait ressortir une cartographie encore peu fiable du personnel enseignant et l’absence de parcours de carrière clairement formalisés. Ces questions prennent une importance particulière avec la décentralisation, qui prévoit le transfert progressif de la gestion des ressources humaines aux collectivités.
APPRENDRE et l’AFD prévoient donc de partager les analyses et les ressources disponibles sur ces sujets, afin d’identifier ce qui est déjà documenté et les travaux qui peuvent se compléter.