Former à des logiciels ne suffit pas : ce que Maurice a appris en faisant entrer les technologies éducatives dans les classes
Après la formation aux logiciels, l’expérimentation dans les établissements
En 2023, deux ateliers de cinq jours organisés par APPRENDRE ont réuni 58 cadres éducatifs du primaire et du secondaire.
Pendant ces formations, des cadres éducatifs ont découvert H5P pour créer des activités interactives, ScenariChain pour produire et organiser des ressources pédagogiques, OBS Studio pour enregistrer des vidéos et Moodle pour proposer des activités et des formations en ligne.
En 2025, APPRENDRE a poursuivi le travail sous une autre forme : une communauté d’apprentissage professionnelle (CAP), c’est-à-dire un groupe réunissant plusieurs métiers de l’éducation pour expérimenter et analyser ensemble des pratiques.
La communauté a réuni des enseignantes et enseignants de plusieurs disciplines, des personnels techniques et des responsables d’établissement, issus de deux établissements mauriciens.
Elle a été accompagnée par Kaviraj Sharma Peedoly, expert APPRENDRE et formateur au Mauritius Institute of Education (MIE), l’institution chargée notamment de la formation du personnel enseignant à Maurice.
Cette fois, la première question n’était pas « quel outil utiliser ? », mais « quel problème voulons-nous résoudre avec nos élèves ? ».

Le choix de l’outil est venu après celui du problème pédagogique
À Forest Side Boys SSS, un établissement secondaire pour garçons, les membres de la CAP ont travaillé avec des élèves du Foundation Programme. Ce parcours accueille des jeunes qui ont besoin d’un accompagnement renforcé pour acquérir certaines compétences fondamentales. Une difficulté a été retenue : l’apprentissage du vocabulaire.
À Candos Government School, une école primaire publique située en zone d’éducation prioritaire, l’équipe s’est attaquée à une autre question : comment obtenir davantage d’engagement et de participation de la part des élèves ?
À partir de là, les équipes ont pu ouvrir la boîte à outils.
Elles ont notamment choisi H5P et Logiquiz, deux logiciels qui permettent de créer des activités interactives sans avoir à programmer.

Les ressources numériques ont été crées par les équipes elles-mêmes
Pas de catalogue d’activités à appliquer tel quel.
Les équipes ont créé leurs propres vidéos interactives, quiz, images cliquables, cartes de dialogue avec audio et exercices de glisser-déposer.


Les ressources ont été utilisées en classe. Les équipes ont observé les réactions, repéré les difficultés et repris leurs productions.
Tester, observer, modifier, recommencer
Entre deux essais, les équipes ne travaillaient pas seules.
En tant qu’animateur de la CAP, Kaviraj Sharma Peedoly a maintenu l’accompagnement avec des tutoriels, des visioconférences et un groupe WhatsApp.
Les équipes ont ainsi pu soumettre au groupe les difficultés rencontrées, discuter des réactions des élèves, modifier leurs activités, puis les tester à nouveau en classe.


À Maurice, six communautés ont expérimenté cette approche
La communauté consacrée aux technologies éducatives faisait partie des six communautés d’apprentissage professionnelles lancées à Maurice en 2025 avec l’appui d’APPRENDRE.
Chacune a travaillé sur un sujet différent : gestion de classe, mathématiques, sciences, évaluation, technologies éducatives, ou enseignement et apprentissage. Toutes se sont appuyées sur le Scholarship of Teaching and Learning (SoTL).
Cette approche suit plusieurs étapes : partir d’un problème rencontré dans l’établissement, consulter les connaissances scientifiques disponibles, tester une réponse, recueillir des données sur ses effets, les analyser, puis partager les savoirs produits.
Au total, douze écoles pilotes ont participé aux six communautés.
En septembre 2025, les équipes ont présenté leurs travaux lors des deuxièmes Journées nationales de l’innovation pédagogique.
Près d’un an après, que reste-t-il de l’expérience ?
Kaviraj Sharma Peedoly revient dans Le Mauricien sur cette expérience et sur ce qu’elle dit d’une formation moins descendante, où les équipes éducatives participent elles-mêmes à la production et au partage des savoirs.

Son bilan en montre aussi les points de friction : des emplois du temps qui laissent peu de place au travail collectif, une connexion inégale selon les établissements, des compétences numériques à renforcer et le risque de voir les acquis s’éroder lorsque l’accompagnement s’interrompt.
Kaviraj Sharma Peedoly ouvre enfin un chantier qui reste entier : que deviennent les ressources, les compétences et les habitudes de travail collectif une fois l’accompagnement terminé ? Les équipes avaient déjà exprimé leur volonté de poursuivre. Reste la question des conditions qui permettront à cette expertise locale de circuler et de s’enrichir.
Pour en savoir plus sur les CAP à Maurice.