Durant le confinement, les écoles ont fait germer une multiplicité de dispositifs : cours diffusés à la télévision, à la radio, transmis par sms ou encore via Whatsapp. Quels sont les avantages et les inconvénients des différents modèles d’enseignement à distance ? Quelles leçons les établissements scolaires peuvent-ils tirer de cette crise inédite ? Patrick Nkengne sonne l’heure du bilan.

 

Patrick Nkengne est analyste des politiques éducatives, au sein du bureau pour l’Afrique de l’Institut international de planification de l’éducation. Coordonnateur du programme d’appui au pilotage de qualité de l’Education, il est intervenu le 17 juin dernier lors d’un webinaire organisé par le programme APPRENDRE. Dans ce cadre, des représentants institutionnels du Cameroun, de la Côte d’Ivoire, du Bénin, du Sénégal, ainsi que des experts internationaux, ont partagé un moment de dialogue autour du thème “Continuités pédagogiques en Afrique francophone.”  

L’intervention de Patrick Nkengne, qui a conclu la session, reprenait les points saillants d’une note d’étude conduite en mai 2020 dans 34 pays d’Afrique subsaharienne. Cette note dresse un état des lieux des différentes marges d’amélioration qui existent pour des systèmes éducatifs qui n’avaient jamais été préparés à l’enseignement à distance de masse.  

APPRENDRE vous propose de réécouter son intervention, en écoute libre sur la plateforme Soundcloud.   


Une crise qui dévoile les failles d’un système éducatif inégalitaire  

Une inéquité existe depuis le début du confinement entre les classes préparant un examen et les autres classes. Les émissions éducatives diffusées à la télévision se sont par exemple focalisées sur les élèves des classes d’examens, au détriment des autres niveaux scolaires. Bien que préexistante, cette tendance reflète une difficulté à se détacher d’une vision de l’école qui assumerait une fonction uniquement diplômante.   

L’accroissement des inégalités s’accompagne d’une détérioration de la qualité de l’enseignement, en témoignent les résultats d’évaluations des apprenants. Patrick Nkengne recommande un contrôle accru des contenus diffusés, tout en soulignant l’importance de déterminer les meilleurs médiums à utiliser.   


Diversifier les formats 

Les systèmes scolaires d’Afrique sont aux prises avec des difficultés liées à la fracture numérique qui existe dans les pays, particulièrement en zone rural. Selon l’Unesco, 89% des apprenants n’ont pas accès aux ordinateurs familiaux et 82% n’ont pas d’abonnement à internet. Il ressort de ces chiffres la nécessité d’adapter les dispositifs au contexte géographique, social et linguistique des apprenants, et non simplement d’appliquer des formules qui ont fait leurs preuves dans des environnements bien différents. L’utilisation des nouvelles technologies ne doit pas être systématique : elle doit être raisonnée. La distribution de livrets est une initiative qui a mis en lumière la force d’un dispositif, certes moins moderne, mais en harmonie avec la réalité des apprenants.  


Prendre des mesures d’accompagnement 

Les moments de crise sont bien souvent l’occasion de repenser des systèmes. La situation à laquelle les écoles ont dû faire face a accéléré les réflexions sur le rôle de la famille, thème jusqu’alors resté en jachère. Les acteurs de l’éducation sont encouragés à sensibiliser les familles à leur nouvelle fonction d’accompagnateur, à travers, par exemple, la création de groupes Whatsapp pour les parents d’élèves.   

Bien conscient que cette responsabilité ne peut être assumée par toutes les familles, il explore également des pistes de réflexion sur le tutorat entre élèves, la mise en place de créneaux horaires pour les élèves à besoin spécifiques, ou encore la prise de contacts directs entre professeurs et élèves, par téléphone ou sur des plateformes numériques. 


Note 1: Le défi du suivi de la qualité dans un enseignement de base à distance, Programme régional d’appui au pilotage de la qualité à l’enseignement de base, IIPE-UNESCO Dakar, 2020.   

Note 2: L’enseignement à distance en contexte COVID-19 : acquis et perspectives en Afrique subsaharienne

Actualités récentes

Enseigner aujourd’hui : ce que racontent 11 recherches dans 9 pays africains 

D’ici 2030, il faudra recruter 44 millions d’enseignantes et d’enseignants dans le monde, dont près de 15 millions en Afrique subsaharienne. Un défi de recrutement, mais aussi de maintien dans le métier : chaque départ en cours de carrière remet une pièce dans la machine à pénurie. De la première affectation aux possibilités d’évolution, 11 recherches menées dans 9 pays africains montrent où se joue la suite d’une carrière enseignante et dégagent six pistes pour éviter de perdre en chemin une partie des personnels dont les systèmes éducatifs ont besoin.

Former les enseignantes et enseignants de mathématiques : 39 ressources pour travailler six grands thèmes 

Former des enseignantes et enseignants de mathématiques demande de regarder de près ce qui se passe dans la classe. Pourquoi certains élèves se trompent-ils avec les nombres décimaux ? Que leur demande réellement un exercice de géométrie ? Comment enseigner la proportionnalité au fil de la scolarité ? Trois nouveaux volumes proposent 39 ressources pour préparer ces temps de formation, du primaire au secondaire.

Madagascar : APPRENDRE prépare ses prochains appuis à la formation des enseignantes et enseignants 

À Madagascar, une grande partie des enseignantes et enseignants du primaire sont des maîtres FRAM, c’est-à-dire des personnels enseignants communautaires recrutés localement. Beaucoup entrent dans le métier sans avoir bénéficié d’une formation professionnelle initiale, ce qui donne un rôle particulièrement important à la formation et à l’accompagnement tout au long de la carrière. Depuis 2021, le ministère de l’Éducation nationale travaille avec l’appui d’APPRENDRE pour renforcer plusieurs étapes de ce parcours : les Journées pédagogiques et la formation continue, l’accompagnement dans les classes, la préparation des futurs personnels enseignants et la maîtrise du français. Après quatre années d’activités, une équipe du programme était à Antananarivo en septembre pour préparer avec le ministère les prochains appuis jusqu’à fin 2027.