D’ici 2030, il faudra recruter 44 millions d’enseignantes et d’enseignants dans le monde, dont près de 15 millions en Afrique subsaharienne. Un défi de recrutement, mais aussi de maintien dans le métier : chaque départ en cours de carrière remet une pièce dans la machine à pénurie. De la première affectation aux possibilités d’évolution, 11 recherches menées dans 9 pays africains montrent où se joue la suite d’une carrière enseignante et dégagent six pistes pour éviter de perdre en chemin une partie des personnels dont les systèmes éducatifs ont besoin.

Ces onze recherches, soutenues scientifiquement et financièrement par APPRENDRE, ont été menées au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Maroc, en République démocratique du Congo, au Rwanda, au Sénégal et au Togo. Elles ont étudié le métier à différents moments : recrutement et première affectation, formation initiale, débuts dans la classe, formation continue, conditions de travail et évolution professionnelle. 

Le calendrier leur donne un relief particulier. Le 5 octobre 2026 marque les soixante ans de la Recommandation OIT/UNESCO concernant la condition du personnel enseignant, aujourd’hui en révision. En 1966, recrutement, formation, emploi et carrière figuraient déjà dans le texte. En 2026, ces questions se posent avec 44 millions de personnes à trouver et, surtout, à garder. 

De ces recherches ressortent six priorités pour que l’entrée dans le métier ne soit pas une porte tournante et que les carrières puissent durer.


1. Mieux recruter, sans négliger les conditions de la première affectation


Pourvoir un poste dans une zone qui manque de personnel enseignant ne garantit pas qu’il le restera longtemps.

Au Cameroun, les chercheuses et chercheurs se sont penchés sur les débuts de carrière en zone rurale. Une première affectation en zone rurale peut imposer de trouver un logement, de s’installer loin de sa famille et d’assumer les dépenses liées à cet éloignement. Les chercheuses et chercheurs recommandent des logements de fonction, des primes spécifiques ou des bonifications d’échelon.

Ils relèvent aussi des abandons de poste liés à l’éloignement des couples et proposent des règles plus claires pour les rapprochements familiaux.

Répartir les personnels là où les besoins sont les plus forts suppose donc de regarder la vie qui va avec le poste : logement, éloignement familial, dépenses supplémentaires, accès aux services et possibilités de mutation.


2. Donner plus de place à la classe dans la formation initiale


Avec des recrutements massifs à organiser, réduire le temps passé en classe pendant la formation risque surtout de reporter les difficultés sur les premières années d’enseignement.

Au Maroc, près de 87 % des enseignantes et enseignants interrogés dans les centres de formation estiment que leur formation initiale les prépare insuffisamment au métier. Les stages pratiques peuvent ne représenter que 20 % du temps de formation, alors que la réforme en prévoyait 60 %. Dans plusieurs zones, la recherche relève également un manque de maîtres accompagnateurs.

Or, une partie du métier s’apprend face aux élèves : gérer plusieurs niveaux, évaluer les apprentissages, reformuler une consigne mal comprise, modifier une séance qui ne fonctionne pas, puis analyser ce qui s’est passé avec une personne expérimentée.

Les recherches recommandent donc de donner davantage de place aux stages, à l’observation et à l’analyse des pratiques. Une question que documentait déjà APPRENDRE en 2020 dans une étude comparative de la formation initiale dans huit pays, en examinant notamment les programmes, les stages, les profils des formatrices et formateurs et l’articulation entre théorie et pratique.


3. Ne pas laisser les personnes débutantes seules face aux difficultés


Une fois en poste, une personne débutante doit déjà préparer ses cours, gérer sa classe, évaluer les élèves et répondre aux difficultés d’apprentissage. C’est aussi le moment où elle dispose du moins d’expérience pour savoir quoi faire lorsque quelque chose coince. 

Au Bénin, les enseignantes et enseignants interrogés demandent que les personnes chargées de leur accompagnement pédagogique viennent plus régulièrement les observer en classe, particulièrement en début de carrière. Ils et elles souhaitent également que ces visites permettent de chercher ensemble des solutions aux difficultés rencontrées, au lieu de se limiter à des consignes descendantes.  

Le mentorat retrouve alors son sens : une personne expérimentée entre dans la classe, observe, écoute et aide à comprendre ce qui coince. Cela demande des personnes tutrices formées, du temps pour les visites et un accompagnement qui se poursuit après la prise de poste.

Cette façon d’accompagner s’apprend aussi. Dans plusieurs pays partenaires, APPRENDRE forme les personnels chargés de l’encadrement pédagogique à l’observation de classe, à l’analyse des pratiques et à l’entretien avec les enseignantes et enseignants. Le programme met également à disposition des ressources pour se former à l’observation et à l’analyse des pratiques enseignantes : un guide pratique, des grilles d’observation, des séances filmées au Bénin, au Cameroun, au Maroc, à Madagascar, au Rwanda et au Sénégal, des entretiens d’analyse conjointe et des méta-analyses comparant les expériences.


4. Permettre de continuer à se former tout au long de la carrière


Les besoins de formation ne disparaissent pas avec les années de classe. Ils changent. Au Bénin, 61,4 % des personnes interrogées souhaitent se former davantage aux nouvelles approches pédagogiques, 47 % à la gestion de classe et 45,8 % à l’évaluation des compétences des élèves.

La formation continue peut répondre à ces besoins à mesure qu’ils apparaissent dans le métier. Les recherches recommandent des plans de formation construits à partir des besoins du terrain, avec des priorités identifiées : gestion de classe, évaluation formative, inclusion ou numérique. Elles proposent aussi de combiner formations en présence et à distance, visites conseillées, échanges entre collègues et webinaires.

Une carrière de trente ans traverse plusieurs générations d’élèves, des réformes, de nouveaux programmes et de nouvelles façons d’enseigner. La formation doit donc pouvoir suivre le mouvement.


5. Faire du métier enseignant un travail dont il est possible de vivre


La pénurie se fabrique aussi à la fin du mois.

Au Cameroun, 42,4 % des 1 233 personnels du primaire interrogés exercent une activité rémunératrice en parallèle de l’enseignement. Plus de quatre personnes sur dix complètent donc leurs revenus par une autre activité.

Les recherches documentent aussi des statuts très différents : fonctionnaires, personnels contractuels, vacataires, bénévoles ou « maîtres des parents ». Selon le statut, la rémunération, la protection sociale et la sécurité de l’emploi ne sont pas les mêmes.

Salaires, protection sociale, logement, équipements, taille des classes, accès aux services : tout cela pèse sur la possibilité de rester.


6. Faire de l’expérience acquise une possibilité d’avancer


Dix ans devant des classes, vingt rentrées, des centaines d’élèves : l’ancienneté s’accumule. La carrière, elle, n’avance pas toujours au même rythme.

En Côte d’Ivoire, une recherche consacrée aux personnels du primaire montre notamment que les enseignantes accèdent plus difficilement aux postes de responsabilité. Leur parcours se heurte aussi à une géographie très réelle de la promotion : lorsqu’évoluer suppose une mobilité, les contraintes familiales peuvent réduire les possibilités de saisir un nouveau poste.

Les recherches recommandent des règles plus lisibles pour les promotions et les mutations, une meilleure reconnaissance de l’expérience acquise et une attention aux inégalités entre femmes et hommes.

Après dix ou vingt ans dans une classe, savoir où cette expérience peut mener participe aussi à l’envie de rester.  


Quinze millions à recruter. Combien seront encore là dans dix ans ? 


Affectation difficile à tenir, formation insuffisamment ancrée dans la classe, débuts sans accompagnement, salaire à compléter ailleurs, carrière qui piétine : chaque fragilité peut produire un départ. Et chaque départ produit un nouveau besoin de recrutement.

Les six recommandations racontent ainsi l’autre versant de la pénurie enseignante. Les postes manquants se comptent. Les carrières qui s’interrompent les alimentent.

Pour l’Afrique subsaharienne, qui concentre près de 15 millions des recrutements nécessaires d’ici 2030, le nombre d’embauches ne dira qu’une partie de l’histoire. Il faudra refaire les comptes cinq, dix ou vingt ans plus tard.


APPRENDRE travaille depuis plusieurs années sur plusieurs pièces de ce puzzle, avec les ministères en charge de l’Éducation, les équipes de recherche et les personnels de formation et d’encadrement : formation initiale et continue, observation et analyse des pratiques en classe, accompagnement pédagogique, évaluation ou encore communautés d’apprentissage professionnel.

Une partie de ce travail est disponible sous forme de guides, modules de formation, vidéos de classes et webinaires, utilisables pour former et accompagner les personnels enseignants.

→ Explorer les ressources APPRENDRE pour former et accompagner les personnels enseignants

→ Consulter les 11 fiches synthétiques et découvrir les résultats pays par pays → Explorer les ressources APPRENDRE pour former et accompagner les personnels enseignants

→ Voir les chercheuses et chercheurs présenter leurs résultats en rediffusion 


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