Passer du métier d’enseignant à celui de formateur d’enseignants ne se résume pas à “enseigner autrement”. Présentée au dernier colloque international de l’AFDECE en janvier 2026, une recherche menée au Togo met en lumière ce que cette transition change concrètement dans le travail quotidien des formateurs et formatrices : nouvelles compétences, nouvelles attentes, nouvelles postures, et une identité professionnelle à recomposer.


Quand enseigner ne suffit plus : ce que change l’entrée dans le métier de formateur 


Lors du 21ème colloque de l’AFDECE, tenue à Conakry (Guinée), Georges Dara-Ahato a présenté sa recherche doctorale, soutenue fin 2024 avec l’appui financier du programme APPRENDRE. Cette recherche porte sur la transition professionnelle d’enseignants devenus formateurs d’enseignants dans les Écoles normales d’instituteurs (ENI) au Togo, aujourd’hui appelées Écoles Normales de Formation des Professeurs d’École (ENFPE). 

Les entretiens réalisés montrent que ces formateurs ont, pour la plupart, exercé auparavant comme enseignants du secondaire, souvent avec une spécialisation disciplinaire. Leur entrée dans les centres de formation les place dans un autre cadre de travail : former des enseignants du primaire appelés à être polyvalents, et intervenir sur des dimensions pédagogiques plus transversales que celles de leur discipline d’origine. 

Ce déplacement de fonction correspond, pour les personnes interrogées, à un changement de métier à part entière. Cette transition implique en effet un renforcement ou une acquisition de compétences nouvelles, qui ne relèvent plus uniquement du champ disciplinaire : savoir animer des sessions de formation, s’appuyer sur des situations issues des classes et accompagner la réflexion des enseignants sur leurs propres pratiques.


Pourquoi les innovations pédagogiques bousculent aussi les formateurs


Ce basculement est encore renforcé par l’introduction de nouvelles manières de former, notamment à travers les techniques de pédagogie active. Dans les centres de formation, les formateurs sont invités à travailler davantage à partir de situations de classe, à faire vivre des activités de groupe, à placer les futurs enseignants en situation d’apprenants actifs. 

Sur le papier, l’objectif est clair : former autrement pour que les enseignants enseignent autrement. Sur le terrain, ces évolutions obligent surtout les formateurs à revoir leurs propres manières de faire. Certains y trouvent un espace de renouvellement professionnel. D’autres racontent des tâtonnements, des doutes, parfois un sentiment d’inconfort face à des pratiques qui bousculent leurs habitudes d’anciens enseignants du secondaire. 

Autrement dit, changer les pratiques de formation ne revient pas seulement à changer de méthodes : cela oblige les formateurs à apprendre de nouvelles manières de travailler, qui dépassent leur identité d’enseignant de discipline. 

Cette recherche met ainsi en évidence que l’introduction de nouvelles approches pédagogiques dans la formation ne transforme pas seulement des outils ou des méthodes. Elle engage des recompositions professionnelles plus profondes, qui demandent des temps de formation et d’appropriation ainsi que des formes de reconnaissance institutionnelle pour s’installer durablement. 


Une mise en débat avec la communauté éducative togolaise 


En octobre 2025, Georges Dara-Ahato avait également présenté sa recherche lors des Journées nationales de l’innovation pédagogique et de la recherche en éducation (JNIPRE) à Lomé, organisées par le programme APPRENDRE.  Les échanges qui avaient suivi avaient fait émerger des questions très concrètes liées au métier : le passage à la polyvalence des formateurs, la légitimité des profils issus du secondaire pour encadrer le primaire, et le décalage ressenti entre anciennes pratiques d’enseignement et nouvelles manières d’animer la formation.  



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