Comment transformer l’éducation ? La parole est aux acteurs de l’éducation !

«Changer de cap, transformer l’éducation». Tel était le thème de la 3ème édition de la Journée internationale de l’éducation, célébrée le 24 janvier 2022. Comment insuffler un vent de changement, à l’heure où les effets de la pandémie sur les systèmes éducatifs continuent à se faire sentir ? L’éducation est l’affaire de tous ! Enseignants, conseillers pédagogiques et formateurs nous livrent leurs points de vue sur la question.

Martine Ouanga

Professeur de français et histoire géographie dans un collège d’enseignement général du Burkina Faso


Je suis dans une zone rurale. Le thème de la journée internationale de l’éducation est un thème évocateur au regard des nouveaux défis auxquels l’éducation doit faire face. Pour ma part, en tant qu’enseignante, ce que je peux faire est d’aborder pendant mes cours, l’importance d’une bonne utilisation du numérique. En effet, quelques élèves ont des smartphones et commencent à utiliser les réseaux sociaux. L’expérience a montré qu’un adolescent ou même quelqu’un

dangers que l’on peut rencontrer dans l’utilisation d’internet, peut tomber dans le piège du cyber harcèlement, de l’escroquerie ou autre. Le mieux est d’organiser des séances de sensibilisation où les élèves auront le temps de poser leurs inquiétudes. Courant mois de mars, nous aurons un échange avec les élèves de notre établissement à ce sujet. En parlant de changer de cap, je souhaiterais bien que le numérique soit intégré dans l’enseignement d’abord en commençant par les enseignants.

Au cours de la formation, il y a des modules sur le numérique qui sont abordés mais malheureusement il n’y a pas de pratique à tel point que certains enseignants ne savent pas comment utiliser un ordinateur. De nos jours, le numérique doit avoir une place de choix dans la formation des enseignants. Cela va faciliter la formation à distance et même pour les transmissions des différents dossiers d’évolution ou de reclassement.

Pour cela, des sites web spécifiques aux enseignants doivent être créés. Dans cette optique, la subvention des outils numériques pourrait faciliter l’acquisition et l’usage des outils numériques. Également chaque établissement scolaire doit être doté d’un centre numérique afin que les élèves puissent mettre en pratique l’enseignement théorique qu’ils recevront. Il n’est pas normal en ce 21è siècle, que les élèves finissent le secondaire sans pouvoir saisir un texte Word et l’envoyer via internet par exemple.

Pendant la période du confinement, nous avons tous vu l’importance du numérique dans l’enseignement. Au Burkina Faso, le gouvernement a fermé les classes. Le Burkina Faso est touché par l’insécurité et des écoles sont fermées. Des milliers d’enfants vont abandonner les études parce que leurs parents n’ont pas les moyens financiers pour les envoyer fréquenter dans d’autres villes. Or s’il y avait un cours d’informatique ou sur le numérique dès la classe de 6è, et s’il y avait des sites vraiment spécifiques pour les élèves et les enseignants, l’apprentissage pouvait continuer. On peut faire beaucoup de choses avec un smartphone. Le numérique est la solution la plus plausible pour ce cas. Je reste convaincu que le numérique est un impératif pour le système éducatif.


Jérémie Agagnonve

Instituteur du primaire et spécialiste des sciences de l’éducation


En rejoignant Albert Einstein : “La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information”. Ce qui reste est de mettre en application au quotidien les compétences acquises à travers les pratiques de classe ou d’autres situations qui nous seront offertes par le programme APPRENDRE pour aller former d’autres enseignants.

  • Il nous faut faire découvrir les avantages du numérique aux enseignants ;
  • Le point sur lequel il faut aussi beaucoup miser, c’est la volonté et l’engagement personnel.

En effet, beaucoup se disent qu’il n’ont pas les moyens pour se payer un PC ou un smartphone pour utiliser le numérique.

Une petite anecdote : si vous courtisez une femme depuis un moment et qui subitement vous dit un jour où vous n’aviez pas les moyens de venir la voir alors qu’elle est à des centaines de kilomètres de vous, qu’est ce que vous faites ? Vous vous débrouillez pour vous y rendre. Cela est de même pour la nécessité pour les enseignants de se procurer un PC ou un smartphone. D’autres, quand on les force pour les former, ne mettent plus en application les connaissances acquises. Nous avions fait le constat où en 2012, au Bénin, des directeurs d’école qui avaient été formés par la communauté Sankoré Bénin et où l’Etat a doté des établissements d’équipements numériques n’ont pas cru devoir les utiliser et ont utilisé leur méthode classique laissant ainsi les équipements en état défectueux. D’où il faut, en premier lieu, la volonté et l’accompagnement qui vient après.


Konan Lucien Constant

Technopédagogue et Professeur de Collège Option Physique-Chimie/SVT au Collège Moderne de Kouétinfla, en Côte d’Ivoire


Valoriser le métier d’enseignant

De plus en plus nous assistons à une fuite des enseignants vers d’autres ministères. Quelles en sont les causes ? Le métier d’enseignant ne fait plus rêver parce que l’enseignant, dans ces derniers temps, vit sous haute pression de sa hiérarchie. Il y a trop de menace. Toujours entrain de dire « si tu ne fais pas ceci ou cela tu auras une demande d’explication. »

Les enseignants sont très très peu félicités. L’enseignant ne bénéficie pas de prime alors que les autres corps en possèdent.

Former dans les CAFOP et à l’ENS à l’intégration des TIC dans l’éducation

Cela passe par le recrutement des technopédagogues, des informaticiens pour assurer la formation.

Autoriser les enseignants à utiliser le numérique

A l’enseignement primaire, les Inspecteurs exigent des enseignants de présenter des fiches de leçon manuscrites. Ils réprimandent ceux qui impriment leurs fiches numériques. Comment peut-on prétendre vouloir l’intégration du numérique et refuser des fiches de leçon imprimées ?

Il faut équiper les établissements de salle multimédia et d’équipement adéquat. Mettre à disposition la connexion Internet aux établissements. Faire des faveurs aux élèves et aux enseignants pour qu’ils disposent d’un ordinateur et qu’ils aient accès à Internet. Soulignons que l’utilisation des formations à distance est une solution à la gestion des grands groupes (effectifs pléthoriques).



Robeline Tchomyem

Enseignante de français au Secondaire

au Cameroun, et formatrice labellisée TV5MONDE


En cette période de crise sanitaire de la COVID-19, les systèmes éducatifs du monde ont recours aux TICE pour assurer la continuité pédagogique via leurs ressources illimitées, leurs nombreuses options d’accessibilité au savoir et leurs outils numériques capables de dématérialiser la salle de classe. Dans cette perspective, le changement de cap de l’éducation doit nécessairement passer par des transformations fondamentales permettant à terme à d’expérimenter, recadrer, maîtriser des solutions numériques pertinentes.

Si l’on prend en considération le nombre de centres de ressources multimédia sous utilisés mal ou pas du tout utilisés dans certains établissements d’Enseignement Secondaire camerounais à cause de l’absence ou l’insuffisance de la formation des enseignants dans ce domaine, les mesures qui suivent pourraient contribuer à y apporter une  amélioration :

  • La mobilisation et sensibilisation de tous les acteurs de l’éducation
  • La formation initiale et continue des enseignants à l’usage et l’intégration pédagogique des TIC
  • L’accompagnement pédagogique et technique des apprenants et enseignants pour permettre le renforcement de leurs compétences respectives
  • La diffusion d’une liste les outils et les ressources approuvés afin éviter qu’enseignants et apprenants se perdent dans le foisonnement de l’offre en ligne,
  • L’interconnexion des établissements scolaires dans le but de faciliter les échanges
  • La gratification ou une revalorisation salariale pour les enseignants après des formations spécifiques, pour encourager le développement personnel et lutter contre la résistance au changement et l’improductivité.

Hervé Cyrille Mot Massoussi

Conseiller Principal de Jeunesse et d’Animation, intervenant dans la conception et la mise en œuvre de politiques éducatives en milieu non formel. Enseignant et superviseur pédagogique dans les établissements de formation des cadres du corps des éducateurs en milieux non formels au Cameroun


La transformation de l’éducation se justifie par un contexte de sa mise en œuvre sans cesse changeant. De nombreux défis perceptibles auxquels les systèmes éducatifs sont confrontés dans le monde, peuvent être évoqués dans mon contexte : les perturbations de la continuité pédagogique pour cause de crise sanitaire, des catastrophes naturelles, des crises sociales, de conflits violents etc. De même, la recherche scientifique dans le domaine de l’éducation et des technologies en appui aux processus pédagogiques,

révèle l’importance de questionner les pratiques actuelles pour les arrimer aux nouvelles découvertes des chercheurs. L’éducation devrait alors se transformer pour s’adapter aux nouveaux contextes. La transformation ainsi envisagée, me semble prioritairement devoir porter sur une réflexion profonde sur les politiques éducatives et les pratiques pédagogiques.

Quelques propositions pour améliorer le système éducatif au Cameroun :

Au niveau des politiques

Pour une amélioration du système éducatif dans mon contexte, il est important que les politiques soient orientées vers une meilleure organisation du système éducatif. Actuellement il y a de nombreux acteurs qui interviennent dans les milieux éducatifs formels, non formels et informels. Une meilleure définition des rôles, des objectifs et des résultats de ces acteurs est importante, dans chaque milieu éducatif et à tous les niveaux d’intervention (éducation de base, enseignements secondaire, enseignement supérieur, enseignement public, enseignement privé laïc, enseignement privé confessionnel, éducation extrascolaire). Ceci peut alors passer par la formulation d’une stratégie globale du secteur de l’éducation, laquelle pourra comporter plusieurs composantes en fonction du milieu et du niveau d’intervention des acteurs. Chacune de ces composantes devrait être opérationnalisée par un système d’indicateurs qui permettraient alors de suivre et d’évaluer les politiques mises en place en matière d’éducation. Ces mesures contribueraient alors à la mutualisation et à la structuration des efforts pour arriver à des résultats optimaux. Par ailleurs au niveau des dispositifs d’enseignement, l’institutionnalisation et la valorisation de l’hybridation (présence et distance) semblent être une nécessité due au contexte changeant. Des dispositions législatives ou réglementaires sont nécessaires pour l’organisation cette modalité d’enseignement qui n’est pas encore suffisamment expérimentée au Cameroun. Dans ce sens, une valeur au moins égale à celle accordée aux diplômes obtenus dans des conditions de certification officielles, devrait être reconnue aux certificats, attestions et diplômes obtenus au cours des formations à distance, dans des conditions de certification qu’il est désormais nécessaire de définir rigoureusement. Cette hybridation, désormais nécessaire, devrait s’accompagner d’une institutionnalisation des nouveaux rôles et acteurs qui agissent pour sa mise en œuvre. On pourrait donc très bien aboutir à des profils de tuteurs à distance, de téléconseillers pédagogiques et à d’autres profils encore.


Au niveau des pratiques pédagogiques

Les contextes de formation étant changeants, les modalités pédagogiques devraient être choisies ou conçues de manière à s’adapter à l’évolution des contextes. Les pédagogies classiques devraient être associées aux pédagogies nouvelles dans lesquelles l’apprenant est un acteur dynamique du processus d’enseignement-apprentissage. Les pratiques pédagogiques devraient, à mon sens, être orientées vers une plus grande autonomisation de l’apprenant, en intégrant les principes tirés du modèle de Frenet (collaboration, autonomie de l’apprenant, respect de la personnalité de l’apprenant, souplesse dans la régulation des apprentissages etc.) qui met l’apprenant au centre du processus d’enseignement apprentissage. « 

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