Au Bénin, donner aux directrices et directeurs d’école des outils pour agir sur les inégalités

L’équipe du projet KIDI (« Kit pour une direction inclusive »), menée par l’Université d’Abomey-Calavi avec le soutien scientifique et financier du programme APPRENDRE.
Au Bénin, les écoles primaires accueillent aujourd’hui presque autant de filles que de garçons. Mais la progression de la scolarisation ne dit pas tout des parcours. Il reste les conditions d’apprentissage, la participation à la vie scolaire, les discriminations, les violences, les risques de rupture. Pour les enfants handicapés, les obstacles peuvent commencer avant même d’avoir trouvé leur place dans la classe : absence de rampes ou de toilettes adaptées, manque de personnels spécialisés…
À ces obstacles matériels s’ajoute le poids des représentations sociales. L’équipe relève notamment que le handicap reste parfois associé à une malédiction, au point que certaines familles cachent encore leur enfant. C’est dans ce quotidien de l’école, là où les inégalités se prolongent ou peuvent être combattues, que KIDI situe sa recherche.
Les directrices et directeurs d’école en première ligne
Le travail quotidien des directrices et directeurs d’école reste peu étudié, alors que leur rôle dans la réussite scolaire est déterminant, souligne l’équipe KIDI. Gestion des ressources, tâches administratives, suivi pédagogique, relations avec les familles et la communauté : leurs responsabilités se multiplient, avec des tensions récurrentes entre les exigences administratives et le temps consacré au pilotage pédagogique.
Or, lorsqu’une fille risque de décrocher, qu’un élève handicapé rencontre des obstacles dans l’école ou que des violences et discriminations apparaissent, les directrices et directeurs ne disposent pas aujourd’hui d’un outil conçu spécifiquement pour les aider à transformer leur responsabilité en réponses adaptées. C’est précisément ce manque que KIDI veut combler.
Neuf écoles, trois départements, jusqu’à 129 personnes
L’enquête sera menée dans neuf écoles primaires publiques réparties dans trois départements du Bénin, avec le même principe dans chacun : une école urbaine, une école périurbaine et une école rurale. Dans l’Ouémé, l’équipe travaillera à Porto-Novo, Avrankou et Dangbo ; dans les Collines, à Dassa-Zoumé, Glazoué et Savalou ; dans le Borgou, à Parakou, N’Dali et Tchaourou.
Le choix de ces trois départements permet aussi de travailler dans des contextes linguistiques différents : gun et yoruba dans l’Ouémé, mahi et idaasha dans les Collines, bariba et peul dans le Borgou. Un enjeu important pour KIDI : le kit est pensé pour pouvoir être adapté aux langues locales, et donc utilisé au-delà des neuf écoles où il sera expérimenté.
La recherche prévoit la participation de 93 à 129 personnes environ. Les neuf directrices et directeurs seront interrogés. Des parents, en priorité des mères, participeront à des groupes de discussion. Des élèves seront également associés à l’enquête. Six agents de collecte travailleront dans les trois départements.
Dans chaque école, l’équipe reviendra quatre fois. Elle observera d’abord l’établissement pendant plusieurs heures. Un deuxième passage sera consacré au questionnaire et à l’entretien avec la direction. Le troisième réunira des parents. Le quatrième donnera la parole aux élèves.
Ce protocole permettra de confronter plusieurs récits d’une même école : celui de la personne qui la dirige, celui des familles, celui des enfants et ce que les observations auront permis de relever.
Six personnes derrière KIDI
Le projet est mené par une équipe de six personnes de l’Université d’Abomey-Calavi.






Leurs responsabilités donnent aussi la mesure du travail à mener : organiser une enquête simultanément dans trois départements, documenter les pratiques, travailler avec les familles et les institutions, traiter les données et suivre les questions de genre et de handicap.
D’octobre 2026 à mai 2027 : du diagnostic au test
La collecte doit démarrer en octobre 2026. Le diagnostic se poursuivra en novembre. En décembre 2026 et janvier 2027, trois ateliers participatifs seront consacrés à la conception du kit. Une première version est attendue en février.
Commencera alors l’expérimentation.

Jusqu’au 31 mai 2027, l’équipe cherchera à savoir ce que l’utilisation du kit change dans les écoles. Les chercheuses et chercheurs suivront notamment les pratiques des directions, leur capacité à repérer les situations d’exclusion, la participation des mères aux comités de gestion et la manière dont les familles et les élèves perçoivent le climat scolaire.
Le projet devra aussi déterminer ce qui mérite d’être corrigé dans le kit. L’équipe veut produire un outil utilisable par les directions et adaptable à d’autres contextes scolaires. Les neuf écoles serviront ainsi à documenter ses usages, mais également ses limites.
Dix recherches pour une éducation inclusive sensible au genre
KIDI s’inscrit dans un ensemble de dix recherches menées dans sept pays africains avec le soutien scientifique et financier du programme APPRENDRE.
Le 20 mai 2026, ces dix recherches étaient présentées à Paris lors de la matinée « Au-delà du visible, où se jouent les inégalités en éducation ? ». Le Dr Mahounan M. Houessou y a présenté KIDI.
Pour KIDI, l’histoire commence désormais dans neuf écoles béninoises. La première tâche de l’équipe sera d’écouter et d’observer. Car pour savoir ce qu’un kit doit changer, encore faut-il documenter précisément ce que vivent aujourd’hui les directions, les familles et les élèves.