Maroc : après le décrochage scolaire, quelle deuxième chance pour les filles ?

© Issam Zerrok / AFP
En 2025, près de 280 000 élèves ont quitté l’école au Maroc. Environ 160 000 de ces départs ont lieu au collège.
Depuis 2014, les Écoles de la Deuxième Chance – Nouvelle Génération (E2C-NG) accueillent des jeunes sortis du système scolaire. Elles associent formation, accompagnement et préparation à l’insertion professionnelle. Elles leur offrent ainsi une nouvelle possibilité de se former et de préparer leur entrée dans la vie professionnelle.
Pour les filles qui y entrent, l’histoire scolaire ne repart pas de zéro. Les contraintes familiales, économiques et territoriales peuvent demeurer ; les inégalités liées au genre aussi. Une place retrouvée en formation ne garantit donc ni la persévérance, ni l’autonomie, ni une possibilité réelle de choisir la suite.
C’est précisément cette partie de l’histoire que nous connaissons encore mal. Les enquêtes consacrées aux E2C-NG ont renseigné leur fonctionnement et leurs capacités d’accueil. Beaucoup reste à comprendre sur ce qui aide les filles à tenir dans la durée et à retrouver des perspectives de formation ou d’emploi.
12 Écoles de la Deuxième Chance, 240 parcours de jeunes
Douze E2C-NG de Casablanca-Settat et Marrakech-Safi participeront à l’étude, dans des territoires ruraux et périurbains. Parmi les 240 jeunes suivis, la moitié seront des filles. Vingt-quatre membres des équipes éducatives, douze responsables de centre et vingt-quatre partenaires associatifs ou professionnels seront également associés au travail.
Ce choix permet de regarder les parcours depuis l’intérieur des centres sans oublier ce qui se joue dehors. Une formation peut être disponible ; encore faut-il pouvoir s’y rendre, disposer du temps nécessaire pour la suivre et trouver ensuite des possibilités de poursuivre ou de travailler. Les contraintes familiales, l’éloignement et les ressources du territoire feront donc partie de l’analyse.
Les chercheuses et chercheurs pourront ainsi confronter les pratiques pédagogiques et l’accompagnement proposés par les centres aux situations vécues par les jeunes.
8 centres vont expérimenter de nouvelles pratiques
La comparaison constitue la pièce maîtresse de la recherche. Une première série de questionnaires, d’entretiens, de groupes de discussion et d’observations permettra de documenter la situation dans les douze centres.
Puis huit E2C-NG testeront de nouvelles pratiques. Leurs équipes seront formées et accompagnées pour mieux prendre en compte les inégalités entre filles et garçons. Les quatre autres centres fourniront un point de comparaison.
Quelques mois plus tard, les mêmes parcours seront regardés sous plusieurs angles : les filles restent-elles davantage en formation ? Participent-elles davantage ? Ont-elles gagné en autonomie ? Arrivent-elles mieux à envisager une formation ou un métier ? Les pratiques des équipes seront également examinées.
Les réponses permettront surtout de relier les évolutions observées à ce qui s’est passé dans les centres.
Ce que les 12 centres pourront apprendre aux autres Écoles de la Deuxième Chance
La recherche doit déboucher sur un guide de pratiques, des ressources de formation et des recommandations. Les résultats pourront servir aux E2C-NG, au ministère de l’Éducation nationale et aux Académies régionales d’éducation et de formation.
Ils permettront surtout de savoir quelles pratiques méritent d’être reprises ailleurs et à quelles conditions. Une réponse utile dans un centre périurbain de Casablanca-Settat peut demander des adaptations dans un territoire rural de Marrakech-Safi.
Le nom des Écoles de la Deuxième Chance engage beaucoup. Pour les filles suivies pendant la recherche, cette promesse se mesurera à la possibilité de revenir en formation, d’y rester et de retrouver une prise sur la suite de leur parcours.
Le projet est coordonné par Khalil Mgharfaoui, de l’École supérieure de l’éducation et de la formation de l’Université Chouaib Doukkali, avec Ahmed Hamdani, du Centre régional des métiers de l’éducation et de la formation de Casablanca-Settat, comme co-coordinateur. Mohamed Ameziane, également au Centre régional, travaille sur les outils qui seront expérimentés dans les E2C-NG.

Dix recherches sur l’éducation inclusive sensible au genre
La recherche marocaine fait partie des dix projets menés dans sept pays africains avec le soutien scientifique et financier du programme APPRENDRE. Ils ont été présentés à Paris le 20 mai 2026 lors de la matinée « Au-delà du visible, où se jouent les inégalités en éducation ? ».
Mohamed Ameziane y avait présenté le projet marocain. Voir son intervention :