Selon de récents rapports du ministère de l’Éducation nationale, près de 280 000 élèves ont quitté l’école au Maroc dont environ 160 000 au niveau du collège. Les Écoles de la Deuxième Chance – Nouvelle Génération (E2C-NG) leur offrent une voie de retour vers la formation et l’emploi. Mais pour les filles, les difficultés qui ont interrompu une première scolarité peuvent continuer à peser sur la suivante. Dans douze centres de Casablanca-Settat et Marrakech-Safi, 300 jeunes vont participer à une recherche consacrée à ce qui permet réellement de raccrocher. Elle bénéficie du soutien scientifique et financier du programme APPRENDRE.

© Issam Zerrok / AFP


Depuis 2014, les Écoles de la Deuxième Chance – Nouvelle Génération (E2C-NG) accueillent des jeunes sortis du système scolaire. Elles associent formation, accompagnement et préparation à l’insertion professionnelle. Elles leur offrent ainsi une nouvelle possibilité de se former et de préparer leur entrée dans la vie professionnelle.

Pour les filles qui y entrent, l’histoire scolaire ne repart pas de zéro. Les contraintes familiales, économiques et territoriales peuvent demeurer ; les inégalités liées au genre aussi. Une place retrouvée en formation ne garantit donc ni la persévérance, ni l’autonomie, ni une possibilité réelle de choisir la suite.

C’est précisément cette partie de l’histoire que nous connaissons encore mal. Les enquêtes consacrées aux E2C-NG ont renseigné leur fonctionnement et leurs capacités d’accueil. Beaucoup reste à comprendre sur ce qui aide les filles à tenir dans la durée et à retrouver des perspectives de formation ou d’emploi.


12 Écoles de la Deuxième Chance, environ 300 parcours de jeunes


Douze E2C-NG des régions Casablanca-Settat et Marrakech-Safi participeront à l’étude, dans des territoires ruraux et périurbains. Parmi les 300 jeunes suivis, la moitié seront des filles. Vingt-quatre membres des équipes éducatives, 12 responsables de centre et 24 partenaires associatifs ou professionnels seront également associés au travail.

Ce choix permet de regarder les parcours depuis l’intérieur des centres sans oublier ce qui se joue dehors. Une formation peut être disponible ; encore faut-il pouvoir s’y rendre, disposer du temps nécessaire pour la suivre et trouver ensuite des possibilités de poursuivre ou de travailler. Les contraintes familiales, l’éloignement et les ressources du territoire feront donc partie de l’analyse.

Les chercheuses et les chercheurs pourront ainsi confronter les pratiques pédagogiques et l’accompagnement proposés par les centres aux situations vécues par les jeunes bénéficiaires ciblés.


8 centres E2C-NG vont expérimenter de nouvelles pratiques


La comparaison constitue la pièce maîtresse de la recherche. Une première série de questionnaires, d’entretiens, de groupes de discussion et d’observations permettra de documenter la situation dans les douze centres.

Dans huit centres, les chercheurs et chercheuses du projet coconstruiront et expérimenteront avec les équipes éducatives et les équipes de direction un dispositif pilote de formation-accompagnement visant à développer des pratiques pédagogiques, éducatives et organisationnelles plus inclusives et sensibles au genre. Les quatre autres centres fourniront un point de comparaison afin d’apprécier les évolutions observées et de mieux comprendre les mécanismes qui les expliquent.

À l’issue de la période d’expérimentation, une nouvelle collecte de données sera réalisée. Les mêmes parcours seront regardés sous plusieurs angles : les filles restent-elles davantage en formation ? Participent-elles davantage ? Ont-elles gagné en autonomie ? Arrivent-elles mieux à envisager une formation ou un métier ? Les pratiques des équipes seront également examinées.

La comparaison des évolutions observées avant et après l’expérimentation, entre les centres pilotes et les centres témoins, permettra d’apprécier les effets associés aux pratiques mises en œuvre et de mieux comprendre les mécanismes qui les favorisent ou les limitent.


Ce que les 12 centres étudiés pourront apprendre aux autres Écoles de la Deuxième Chance 


Quels mécanismes favorisent le maintien des filles en formation ? Comment les pratiques pédagogiques et l’accompagnement proposés par les centres influencent-ils leur participation, leur autonomie et leurs perspectives professionnelles ? En comparant les parcours et les pratiques dans les douze E2C-NG, la recherche entend produire de nouvelles connaissances sur les inégalités de genre et les conditions qui permettent de les réduire.

Ces connaissances serviront également à élaborer un guide de pratiques éducatives, des ressources de formation et des recommandations à destination des E2C-NG, du ministère de l’Éducation nationale et des Académies régionales d’éducation et de formation.

L’étude cherchera enfin à déterminer dans quelles conditions les pratiques expérimentées peuvent être adaptées, reprises et maintenues dans d’autres territoires. Une réponse qui fonctionne dans un centre périurbain de Casablanca-Settat peut nécessiter des ajustements dans un territoire rural de Marrakech-Safi.

Le nom des Écoles de la Deuxième Chance engage beaucoup. Pour les filles suivies pendant la recherche, cette promesse se mesurera à la possibilité de revenir en formation, d’y rester et de retrouver une prise sur la suite de leur parcours. 


Le projet est co-coordonné par Khalil Mgharfaoui, de l’École supérieure de l’éducation et de la formation (ESEF) de l’Université Chouaib Doukkali d’El Jadida, avec Ahmed Hamdani, du Centre régional des métiers de l’éducation et de la formation de Casablanca-Settat. Le premier assure la coordination institutionnelle, le second la coordination scientifique. L’équipe réunit également Mohamed Ameziane, qui contribue aux travaux de recherche, Latifa Ramdani, du ministère de l’Éducation nationale (MEN), chargée de l’appui institutionnel et territorial, ainsi que Fadwa El Azar, de l’ESEF d’El Jadida, qui participe aux enquêtes et à la valorisation des résultats.

Le projet s’appuie par ailleurs sur l’expertise scientifique et méthodologique de Nathalie Lavielle-Gutnik et Maël Loquais, du Laboratoire interuniversitaire des sciences de l’éducation et de la communication (LISEC) de l’Université de Lorraine, en France.

Deuxième réunion à l’ESEF d’El Jadida, le 10 septembre 2026. De gauche à droite Mohamed Ameziane, Ahmed Hamdani, Latifa Ramdani, Fadwa El AZAR et Khalil Mgharfaoui.

Dix recherches sur l’éducation inclusive sensible au genre 


La recherche marocaine fait partie des dix projets menés dans sept pays africains avec le soutien scientifique et financier du programme APPRENDRE. Ils ont été présentés à Paris le 20 mai 2026 lors de la matinée « Au-delà du visible, où se jouent les inégalités en éducation ? ». 

Mohamed Ameziane y avait présenté le projet marocain. Voir son intervention :

Actualités récentes

Bénin : la recherche-action « Agir pour la promotion d’écoles béninoises inclusives et sensibles au genre » (APEBISG) présentée au Togo

Au Bénin, neuf établissements scolaires vont servir de terrain d’expérimentation à une recherche sur les liens entre gouvernance scolaire et pratiques pédagogiques inclusives. Le 6 octobre 2026, aux Journées scientifiques internationales de Lomé, au Togo, le Dr Clément Coovi Bah, de l’Université d’Abomey-Calavi, a présenté les fondements de cette démarche et les étapes prévues sur le terrain. Intitulée « Agir pour la promotion d’écoles béninoises inclusives et sensibles au genre » (APEBISG), cette recherche-action bénéficie du soutien scientifique et financier du programme APPRENDRE. Visionnez sa présentation dans la suite de l’article.

Enseigner aujourd’hui : ce que racontent 11 recherches dans 9 pays africains 

D’ici 2030, il faudra recruter 44 millions d’enseignantes et d’enseignants dans le monde, dont près de 15 millions en Afrique subsaharienne. Un défi de recrutement, mais aussi de maintien dans le métier : chaque départ en cours de carrière remet une pièce dans la machine à pénurie. De la première affectation aux possibilités d’évolution, 11 recherches menées dans 9 pays africains montrent où se joue la suite d’une carrière enseignante et dégagent six pistes pour éviter de perdre en chemin une partie des personnels dont les systèmes éducatifs ont besoin.

Former les enseignantes et enseignants de mathématiques : 39 ressources pour travailler six grands thèmes 

Former des enseignantes et enseignants de mathématiques demande de regarder de près ce qui se passe dans la classe. Pourquoi certains élèves se trompent-ils avec les nombres décimaux ? Que leur demande réellement un exercice de géométrie ? Comment enseigner la proportionnalité au fil de la scolarité ? Trois nouveaux volumes proposent 39 ressources pour préparer ces temps de formation, du primaire au secondaire.