À Madagascar, la majorité des enseignants du primaire sont des maîtres FRAM (« Fikambanan’ny ray aman-drenin’ny mpianatra », littéralement : association des parents d’élèves) recrutés par les parents d’élèves. Malgré leur faible niveau académique, ces enseignants ne disposent pas d’une formation professionnelle avant leur prise de fonction. Afin de combler leurs lacunes, le système éducatif prévoit différents dispositifs parmi lesquels les Journées Pédagogiques (JP), qui proposent des activités de formation continue à un rythme de 3 sessions de 3 jours par année scolaire. Il s’avère toutefois que les JP souffrent de nombreuses faiblesses quantitatives et qualitatives. Partant de ce constat, le Ministère de l’Éducation, avec l’appui du programme APPRENDRE, a décidé d’élaborer un plan de redynamisation des JP afin de faire de ce dispositif de formation un levier pour l’amélioration des pratiques d’enseignement.

Elmine Ranorovololona et Jean-Emmanuel Bui, tous deux consultants, ont été mobilisés par APPRENDRE pour coordonner un atelier visant à formuler un plan de redynamisation des Journées Pédagogiques (JP) pour la région de la Sava, avec en perspective de faire étendre ce plan régional à l’ensemble du territoire national.  


Bref état des lieux des Journées Pédagogiques par les experts 


Sur le plan quantitatif, le nombre de sessions prévues par les textes n’est pas systématiquement respecté faute de ressources disponibles et de mobilisation des acteurs.  

Sur le plan qualitatif, les JP ne ciblent pas systématiquement l’amélioration des pratiques d’enseignement. Dans un grand nombre de cas, elles portent sur des aspects administratifs et réglementaires du métier et ne contribuent pas à l’amélioration des pratiques pédagogiques et didactiques des enseignants. A ce titre, elles n’ont que peu d’impact sur l’amélioration des apprentissages des élèves du cycle d’enseignement primaire.  
 

Il est également important de noter que les conditions de mise en œuvre des JP, au-delà des thèmes traités, ne favorisent pas les mises en situation de classe et l’analyse des pratiques d’enseignement.  

Le ratio formateur/enseignant qui devrait être d’un formateur pour 25/30 enseignants n’est que peu respecté et il s’agit communément d’activités de formation centrées sur la transmission de savoirs théoriques, éloignée des besoins réels des enseignants, notamment ceux des maîtres FRAM. Partant de ce constat, le Ministère de l’Éducation, avec l’appui du programme apprendre, a décidé d’élaborer un plan de redynamisation des JP afin de faire de ce dispositif de formation un levier pour l’amélioration des pratiques d’enseignement et des pratiques d’encadrement pédagogique de proximité.  


Développement d’un plan régional de redynamisation des JP 


L’atelier qui s’est déroulé du 14 au 18 novembre 2022 à Sambava a impliqué des représentants de la Direction de l’Encadrement, des Suivis et de l’Inspection Pédagogique (DESIP), et de la Direction Régionale de l’Education Nationale de Sava



 

Les deux premières journées ont tout d’abord permis de faire un état des lieux des pratiques d’enseignement et d’encadrement pédagogique dans la région de la Sava et au niveau national sur la base d’une étude menée à ce niveau. 

Parmi les constats établis, on peut noter que : 

  • les enseignants ne maîtrisent que partiellement les savoirs académiques en lien avec les disciplines socles de l’enseignement primaire, en particulier le malagasy, le français et les mathématiques mais aussi d’autres disciplines comme les activités artistiques et l’éducation physique et sportive ; 
  • il n’existe pas dans le système un référentiel de compétences professionnelles spécifique à l’enseignant du primaire, ou ce référentiel n’est pas validé ; 
  • les enseignants ne respectent pas systématiquement l’obligation d’utiliser certains outils comme les fiches de planification des apprentissages ou les fiches de préparation des séances d’enseignement-apprentissage
  • il y a peu de différence dans les pratiques d’enseignement entre les maîtres FRAM et les enseignants titulaires
  • les acteurs de l’encadrement pédagogique ne disposent pas nécessairement des compétences et de la motivation pour assurer un encadrement de qualité, en particulier les directeurs d’école et les chefs ZAP ; 
  • d’une manière générale, l’encadrement pédagogique manque de ressources pour se réaliser de manière satisfaisante ;  
  • les moyens dévolus à l’activité JP sont faibles et souvent insuffisants ; 
  • l’encadrement pédagogique ne cible pas nécessairement les faiblesses relevées
  • l’encadrement pédagogique n’est pas la seule réponse aux difficultés des enseignants. Il existe en effet d’autres raisons qui expliquent la faiblesse des pratiques d’enseignement : le statut précaire des enseignants et des directeurs d’école – le manque de matériels et de supports pédagogiques et didactiques – l’environnement infrastructurel et matériel dans les écoles – l’absence de formation initiale de qualité 


 

Sur la base des analyses faites par les participants, les thèmes, les objectifs et les différentes composantes du plan de redynamisation des JP sur trois années ont ensuite pu être formulés. 
 
Le plan de redynamisation des JP est actuellement un plan régional qui a vocation à devenir national. Cette extension ne pourra avoir lieu que lorsque le plan régional aura été expérimenté dans la SAVA et, le cas échéant, dans d’autres Direction Régionale de l’Éducation Nationale (DREN) du pays. Les évaluations de ces expérimentations permettront d’apprécier des forces et d’éventuelles faiblesses qui pourront donner lieu à des mesures de correction et d’adaptation. 

Sur la base des analyses faites par les participants, les thèmes, les objectifs et les différentes composantes du plan de redynamisation des JP sur trois années ont ensuite pu être formulés. 
 
Le plan de redynamisation des JP est actuellement un plan régional qui a vocation à devenir national. Cette extension ne pourra avoir lieu que lorsque le plan régional aura été expérimenté dans la SAVA et, le cas échéant, dans d’autres Direction Régionale de l’Éducation Nationale (DREN) du pays. Les évaluations de ces expérimentations permettront d’apprécier des forces et d’éventuelles faiblesses qui pourront donner lieu à des mesures de correction et d’adaptation. 

Actualités récentes

Langue maternelle et apprentissage de la lecture : au-delà des idées reçues 

Les débats sur la langue d’enseignement ressurgissent souvent sous forme d’alternatives simplistes : faut-il scolariser d’abord dans la langue maternelle ou basculer rapidement vers la langue officielle ? Dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne et de l’océan Indien, les élèves entrent pourtant à l’école dans des environnements plurilingues où ces oppositions ne reflètent pas la réalité des pratiques. Le multilinguisme est la norme, pas l’exception. La question n’est donc pas de « choisir une langue contre une autre », mais de comprendre comment, concrètement, on apprend à lire et à comprendre dans des contextes où plusieurs langues coexistent, et ce qui, dans les pratiques pédagogiques, fait réellement la différence pour les apprentissages fondamentaux. À l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle (21 février), cet article propose de passer au crible plusieurs idées reçues à la lumière de travaux récents sur l’apprentissage de la lecture en contexte plurilingue. En fin de lecture, un quiz « idées reçues/réalité » invite à tester ses intuitions, et une ressource de référence est proposée pour prolonger la réflexion.

D’enseignant à formateur : un changement de métier qui ne va pas de soi 

Passer du métier d’enseignant à celui de formateur d’enseignants ne se résume pas à “enseigner autrement”. Présentée au dernier colloque international de l’AFDECE en janvier 2026, une recherche menée au Togo met en lumière ce que cette transition change concrètement dans le travail quotidien des formateurs et formatrices : nouvelles compétences, nouvelles attentes, nouvelles postures, et une identité professionnelle à recomposer.

10 projets lauréats pour agir sur les inégalités à l’école : les résultats du dernier appel à projets APPRENDRE

Le programme APPRENDRE présente les 10 projets lauréats de son appel « Éducation inclusive sensible au genre : contextualiser, expérimenter, comprendre et transformer ». Aménagement des espaces scolaires, outils pour les directions d’établissement, accompagnement des élèves en situation de handicap, évolution des pratiques de classe… Déployés dans sept pays (Bénin, Cameroun, Djibouti, Madagascar, Maroc, République démocratique du Congo, Sénégal), les projets entreront en mise en œuvre à partir de mai 2026. Ils testeront, sur le terrain, des dispositifs concrets pour renforcer l’inclusion et l’égalité de genre à l’école. Aperçu des expérimentations à venir.