Problématique de l’attrition des enseignants du primaire, du moyen et du secondaire au Sénégal : Quelle est la place de la formation initiale et continue dans les stratégies de remédiation face à ce phénomène ?
1. Contexte et enjeux
Le Sénégal, comme de nombreux pays en développement, est confronté à une attrition croissante des enseignants du primaire, du moyen et du secondaire. Ce phénomène, lié à la charge de travail, aux conditions d’exercice, au manque de perspectives de promotion, à la faible valorisation sociale de la profession et aux contraintes financières, a des conséquences importantes sur la qualité des apprentissages et sur l’atteinte de l’ODD 4. L’attrition entraîne non seulement une perte de compétences et d’expérience, mais elle alourdit également le coût de la formation et du recrutement de nouveaux enseignants.
2. Objectifs de la recherche
L’étude menée dans le cadre du programme APPRENDRE visait à produire des données actualisées sur l’ampleur et la nature de l’attrition des enseignants au Sénégal. Elle avait pour objectifs spécifiques de comprendre les profils sociaux et professionnels des enseignants concernés, d’identifier les facteurs explicatifs du phénomène, d’analyser les stratégies existantes de rétention et de mettre en lumière le rôle de la formation initiale et continue dans la lutte contre cette attrition.
3. Méthodologie
La recherche a adopté une approche mixte, combinant des méthodes quantitatives et qualitatives. Un questionnaire a été administré à 270 enseignants répartis dans 9 régions, permettant de mesurer l’ampleur et les déterminants de l’attrition. Des entretiens avec des acteurs institutionnels et des observations de terrain ont enrichi l’analyse. Les données quantitatives ont été traitées à travers des analyses descriptives et multivariées, tandis que les données qualitatives ont fait l’objet d’analyses de contenu, intégrées à l’aide d’outils d’analyse assistée par ordinateur.
4. Résultats majeurs
Les résultats ont confirmé l’existence d’un taux préoccupant d’attrition des enseignants, estimé à près de 3,9 % par an. Les principaux facteurs identifiés sont le salaire insuffisant, le manque de perspectives de carrière, la faible reconnaissance professionnelle, des conditions de travail difficiles et l’absence de dialogue social structuré. Toutefois, l’étude a également mis en évidence des leviers de rétention, tels qu’un meilleur accompagnement des enseignants débutants, l’amélioration de la formation continue, le renforcement du leadership scolaire et la mise en place de structures de dialogue social permanentes.
5. Conclusion et perspectives
Cette étude montre que l’attrition des enseignants au Sénégal constitue un défi majeur pour le système éducatif, avec des impacts financiers et pédagogiques considérables. Elle appelle à une revalorisation de la profession enseignante à travers l’amélioration des conditions de travail, des perspectives de carrière et de la formation. Les recommandations portent sur la mise en place de politiques intégrées de rétention, incluant la motivation salariale et non salariale, ainsi qu’un dialogue social institutionnalisé. À travers ces actions, il sera possible de renforcer la stabilité et la qualité du corps enseignant, et ainsi d’avancer vers une éducation inclusive et de qualité pour tous.
Sélection de publications en lien avec cette recherche
« Problématique de l’attrition des enseignants du Sénégal : les facteurs de rétention », Revue Marocaine d’évaluation et de la Recherche Educative (Vol. 9, No 9 (2023), 358-375)
« Quel rôle de la formation pédagogique dans les stratégies de lutte contre le phénomène de l’attrition dans l’enseignement du primaire, du moyen et du secondaire au Sénégal », Frantice.net (numéro 21, juillet 2023, 63-80)
« Problématique de l’attrition des enseignants : quels métiers alternatifs et/ou complémentaires au métier d’enseignement au Sénégal », Revue Africaine des Sciences de l’Éducation et de la Formation (N°3, Décembre 2023, 193-210)